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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/874

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et de naturel certains entraînemens criminels. Comme l’auteur de Colomba, il nous montre l’effet d’une nature et d’un milieu spéciaux sur une population paisible et rustique ; il nous fait voir comment l’idée du crime, lorsqu’elle pénètre par hasard dans un de ces cerveaux, le possède et le domine avec l’obsession de l’idée fixe, comment les contrastes et les extrêmes des caractères donnent à des êtres naturellement doux une férocité terrible, une fois les passions excitées. La résolution froide, le mépris de la vie humaine avec lesquels le forfait est alors commis, sous la contrainte de cette obsession, lui donnent un étrange et tragique caractère de sauvagerie. Telle est, par exemple, la passion homicide qui s’empare de la fermière Ingrid, l’héroïne d’Un Parricide, et qui lui donne cette sauvagerie, ce pouvoir de fascination sur son entourage, au moyen desquels elle parvient à amener son amant et ses fils à exécuter, presque malgré eux, le crime qu’elle a médité toute sa vie.

C’est dans des récits de ce genre que se révèle le plus complètement le remarquable talent de conteur de M. de Geijerstam. M. de Geijerstam est auteur dramatique en même temps que romancier ; il a lui-même tiré de ses romans des pièces de théâtre. L’une d’elles, une émouvante histoire de meurtre, a été traduite par M. Prozor et a fait partie du répertoire du théâtre de l’Œuvre. Dans une autre, Jean Anders (1894), il a voulu, selon les traditions de l’école réaliste, et ainsi que l’avaient fait avant lui Auguste Boudeson (le Grand Lars) et Fraus Hedberg (Esprits durs) nous montrer le paysan suédois dans sa vraie nature, dépouillée des sentimentalités du romantisme, c’est-à-dire non pas simple, plein de bonhomie, laborieux et pieux, mais rusé, égoïste, querelleur et stupidement entêté.


III. — LE ROMAN PSYCHOLOGIQUE ET LE ROMAN IDÉALISTE. — MM. O. LEVERTIN ET V. DE HEIDENSTAM

En 1890, paraissait à Stockholm un petit livre qui faisait un certain bruit dans le monde des lettres. C’était une spirituelle satire des tendances et du ton de la littérature du jour. Les auteurs, MM. Oscar Lévertin et Verner de Heidenstam, imaginaient une nouvelle : le Mariage de Pépita, la cigarettière, écrite selon toutes les formules naturalistes — coins de nature, documens humains, développement physiologique, entraînemens instinctifs et fatalités héréditaires, — et leur livre n’était qu’une minutieuse critique de cette nouvelle imaginaire.