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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/843

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II

Transportez cette idée dans les études d’exégèse et d’histoire religieuse, tout de suite se disloquent les lignes de bataille que dessinaient sur cet autre domaine les vieilles écoles « supranaturaliste » et rationaliste ; et la position des questions devient tout autre qu’elle n’était aux siècles passés.

Les récits bibliques racontent une histoire exacte, et cette histoire est d’ordre surnaturel ; telles étaient les deux prémisses de l’école « supranaturaliste ». Le rationalisme contestait, ou tout au moins restreignait la seconde assertion ; il respectait la première. Eplucher le contenu des Livres saints lui suffisait ; quant au contenant, il n’y touchait point. Il triomphait lorsqu’il avait découvert, pour tel phénomène relaté dans la Bible, une « explication naturelle » aussi invraisemblable peut-être que l’hypothèse miraculeuse où les croyans se complaisaient. Mais, d’étudier la Bible elle-même, la composition des livres, les diverses tendances qu’ils dénotent, l’état du texte, les dates auxquelles ils peuvent être rapportés, la valeur de documens historiques qu’il convient de leur reconnaître, les remaniemens et les interpolations qu’ils ont pu subir, le rationalisme, sauf quelques exceptions, n’en avait ni la compétence, ni le goût, ni peut-être même la pensée.

En 1835, David Strauss, d’un seul bond, laissa ces timidités bien loin derrière lui. Renvoyant dos à dos les théologiens qui perdaient leur peine, leur encre et souvent leur foi à discuter la quantité de surnaturel qu’il fallait conserver dans l’Evangile, Strauss déclara que les récits évangéliques sont des mythes. Luther avait voulu les faire resplendir comme l’œuvre pure de Dieu, par-dessus les commentaires et les traditions d’origine humaine ; et surgissant dans l’Eglise même de Luther, Strauss recherchait et retrouvait, dans ces livres, l’œuvre des hommes. Il y voyait un produit de la légende chrétienne populaire ; à cette légende elle-même, il assignait comme sources le désir qu’avait eu la primitive communauté chrétienne de glorifier son fondateur et le besoin qu’elle avait eu de voir réalisée l’idée messianique. Des indignations et des gémissemens s’élevèrent ; mais la Réforme, par essence, doit être hospitalière ; à tous les courans nouveaux de la recherche religieuse, fussent-ils subversifs, elle manque de prétextes pour fermer les écluses ; et fondée sur la Bible, où Luther avait lu la signature de Dieu, elle ne put exclure les doctrines de Strauss, qui voilaient cette signature. On avait à peu près respecté, jusque-là, le monument biblique, tout en y multipliant,