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maladif, souvent obligé de garder la chambre, mais très causeur et très vivant. Les images, le jeu des bois de construction, lui prenaient la plus grande part de son temps. Quand il sut lire, le cercle de ses distractions s’étendit considérablement, mais presque aussitôt se manifesta ce qu’il appelle une grande lacune dans ses facultés intellectuelles. Sa mémoire était mauvaise, surtout pour les choses qu’aucune liaison logique ne vient rattacher entre elles : tout enfant il eut quelque difficulté à distinguer sa main droite de sa main gauche ; plus tard, à l’école, il arrivait moins vite que ses camarades à retenir les mots isolés, les formes irrégulières de la grammaire, les idiotismes de la langue. Il eut beaucoup de peine à s’assimiler l’histoire telle qu’on l’enseignait à cette époque en Allemagne. Apprendre de la prose par cœur était pour lui un véritable supplice. Quand, au contraire, il s’agissait de poésies où le mètre et la rime constituaient une sorte de liaison mnémotechnique, il réussissait beaucoup mieux. Il apprenait et retenait aussi beaucoup plus facilement les vers des grands auteurs que ceux des poètes de second ordre, ce que, plus tard, il a attribué à la logique inconsciente qui est l’une des conditions essentielles du Beau.

Il était arrivé à savoir par cœur quelques chants de l’Odyssée, plusieurs odes d’Horace et un très grand nombre de poésies allemandes. Dans lus classes supérieures, sous la direction de son père, il s’exerça même à rimer ; il ne tarda pas à reconnaître qu’il n’avait pas le don poétique, mais ces exercices ne lui furent pas inutiles pour former son style et l’habituer à développer un sujet donné.

Mais, pour Helmholtz, la plus puissante mnémotechnique était encore la connaissance de la loi des phénomènes. L’étude de la géométrie fut à cet égard une véritable révélation. Familiarisé depuis son enfance avec les formes géométriques grâce à ses petits bois de construction, il étonna ses professeurs par la rapidité avec laquelle il saisissait et retenait les théorèmes.

Cependant la géométrie pure avait quelque chose de trop abstrait pour son intelligence éprise de réalités concrètes. Les premiers élémens de physique exercèrent sur son imagination un attrait irrésistible que ni la géométrie, ni l’algèbre n’avaient pu lui fournir jusque-là. L’idée que l’homme pouvait ramener à des lois l’étonnante variété des phénomènes naturels lui causa comme une sorte d’enthousiasme philosophique. Il se sentait là véritablement comme chez lui.

Il se jeta avec fureur sur tous les livres de physique que contenait la bibliothèque de son père. C’étaient pour la plupart des ouvrages démodés ; il y était encore question du phlogistique,