Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/809

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’art qu’ils méritaient, grand ou médiocre, à proportion de leur degré d’idéal, presque toujours à proportion de la beauté de leurs religions.

Il suffit, en vérité, de refaire par la pensée ce chemin des arts dans l’histoire, de considérer l’essence de chacune des formes d’art et son charme propre, pour être frappé de la ressemblance évidente entre leur cours depuis leurs origines jusqu’à leur décadence, et l’histoire d’une existence humaine. Sur les monumens, témoins des hommes, on voit des hauteurs d’idées, on lit des âges d’art, comme on lit les âges de la vie sur la figure de l’homme, comme on voit dans ses yeux son âme. Surtout on pourrait montrer, comparable à la mort certaine de tout organisme d’où se retire la chaleur centrale, la décadence fatale de tout art dont s’éloigne la foi. Oui, la Foi, une affirmative croyance en quelque chose d’au-delà, les dieux ou Dieu ! Qu’est-ce donc que les arts dans l’humaine histoire, sinon le vêtement merveilleux d’un ardent ou tendre besoin de croire ? Et quelle misérable chose, quelle dérision que la Beauté, si elle notait la forme du divin possible, du divin probable, du divin certain ! Mais déjà, dans la pensée de l’homme, le chemin des dieux à Dieu est fait. Le chemin des arts à l’Art se fait par la même nécessité de marcher, de monter. L’unité est évidemment le but humain. Dans quelle mesure l’unité artistique sera-t-elle la conclusion de l’art ? En quel sens l’unification scientifique ou l’égalisation sociale affaibliront-elles l’art, — peut-être jusqu’à le détruire ? Mais c’est là refaire, après tant d’autres et moins bien sans doute, de l’histoire de l’art en manière de philosophie, et de nouveau en littérateur et non plus en artiste… Je voudrais bien qu’on ne se méprît pas sur le sens que j’attache à l’antagonisme de ces deux mots.

On a écrit des choses exquises ou profondes à propos des arts plutôt que sur les arts, au nom de cette littérature qui est un art aussi, et le plus délicieux, mais seulement quand on ne s’en sert pas pour parler des arts. Mais on a parlé à côté — si souvent ! presque toujours ! — en quelque sorte hors du sens intime des arts, ou de ce que les artistes, à tort ou à raison, croient être la vie même de l’art. De fait, nous parlons une autre langue ; comment veut-on que nous nous entendions ? Nous donnons des « sensibilités ; » on nous répond et on nous juge avec des raisonnemens ! En vérité, l’art ne saurait être jugé d’un point de vue que ne comportent ni son origine ni sa raison d’être. « La critique d’art, disait tout récemment encore M. F. Brunetière, commence au point précis où s’évanouissent les rapports entre l’art et la littérature. » Moi qui ne suis qu’un peintre, je dirais tout