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endurcie, qui avait résisté jusque-là aux instances, aux menaces et aux instructions. Elle eut l’honneur de baiser la robe de la princesse. L’attention se porta sur elle : on sut son histoire et son opiniâtreté. Aussitôt Dangeau, qui était lui-même un protestant converti, l’entreprit sur ce chapitre, et il la prêcha tant et si bien que cette dame promit de se faire instruire sérieusement. Acte de la promesse fut moine dressé, en présence de la princesse, par le secrétaire des commandemens du comte de Brionne.

Le 18 à quatre heures, la duchesse de Bourgogne arriva à la porte de Lyon. Nous empruntons aux archives de la ville de Lyon [1] le récit des cérémonies qui signalèrent son entrée. Le Consulat avait fait mettre sous les armes la bourgeoisie de la ville, un pennonage entier au faubourg de la Guillotière, et quarante-cinq hommes de chacun des. trente-quatre autres pennonages qui formaient deux haies depuis la porte du Rhône, par laquelle la princesse devait entrer, jusques à la maison qu’elle devait occuper, en la place Bellecour. Pour former cette double haie on avait choisi les jeunes gens les mieux faits, et qui étaient les plus en état de faire de la dépense. Aussi étaient-ils tous magnifiquement vêtus. Le corps consulaire avec le procureur général et le secrétaire de la ville en robes violettes, les ex-consuls en robes noires se rendirent au-devant de la princesse qui arriva vers les quatre heures. Le Prévôt des marchands lui débita une harangue fort bien tournée. Après l’avoir assurée que tout un peuple la regardait comme le gage de sa félicité, il ajoutait : « Le ciel ne pouvoit pas vous réserver, Madame, une plus brillante destinée. Vous réunissez les deux héros de notre siècle. Ils vous unissent au prince le plus accompli qui fut jamais, et vous allez rendre à toute l’Europe armée cette paix tant souhaitée que la fureur de la guerre avait bannie depuis si longtemps. C’est dans cette pensée, Madame, que toute la France goûte par avance les fruits de l’union des deux plus beaux sangs du monde et que nous regardons comme un véritable bonheur d’être les premiers à vous pouvoir donner des marques de la joye que vous avez répandue dans tout ce royaume. »

La princesse, qui était vêtue d’un habit blanc glacé d’argent, remercia le prévôt des marchands de son carrosse par une inclination de la tête et du corps, en se soulevant un tant soit peu de son siège, et lui dit qu’elle rendrait compte au Roi de l’honneur qu’on lui faisait. Son carrosse la conduisit ensuite jusqu’au logis préparé pour elle où, une heure après son arrivée, le procureur général et le secrétaire de la ville vinrent, cette fois en

  1. Extrait des registres du Consulat de Lyon, vol. 252.