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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/749

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lentement, arriva le 30 septembre à Lyon. Une réception solennelle avait été préparée pour la duchesse du Lude. Les autorités la voulaient haranguer. Mais en personne de bon goût qu’elle était, elle demanda que les harangues fussent réservées pour la duchesse de Bourgogne, et se contenta de recevoir quantité de boîtes de confiture sèche. L’escorte séjourna assez longtemps à Lyon attendant des nouvelles du voyage de la princesse qui de son côté cheminait à petites journées. Les Français ne se souciaient pas d’arriver plus tôt qu’il n’était nécessaire au Pont de Beauvoisin où l’on n’aurait trouvé qu’un gîte médiocre. Il y eut même, ainsi que cela arrive souvent dans les voyages officiels, des ordres et des contre-ordres. « Nous étions prêts, écrivait Dangeau à Torcy [1] le 13 octobre, à partir ce matin. Les dames ont grand regret à deux heures de sommeil qu’elles ont perdu… Une partie des dames s’est recouchée. Les autres ayant fait partir leurs lits, ce petit embarras a fait un contre-temps qu’on a mieux aimé que d’aller attendre au Pont de Beauvoisin. »

Cet embarras et ce contretemps tenaient à ce que l’arrivée de la princesse au Pont de Beauvoisin avait été inopinément retardée d’un jour. Les cérémonies et les réjouissances qui depuis Turin avaient marqué son passage de ville en ville avaient allongé sa route. Le récit de ces fêtes se trouve consigné jour par jour dans une relation du comte de Vernon, grand maître des cérémonies à la cour de Victor-Amédée [2]. Plusieurs fêtes avaient été données à Turin avant son départ. Tout comme à Paris, les faiseurs de vers s’étaient mis en frais pour la circonstance. L’un d’eux, dans un poème dédié à la duchesse Anne [3], faisait dialoguer ensemble les trois Grâces, Hercule, l’Amour, Apollon, Mercure et les Zéphyrs. L’un de ces fabuleux personnages, perçant les brouillards de l’avenir, y voyait déjà apparaître un fils qui naîtrait de l’union projetée, et lui prédisait en ces termes sa destinée : « Ton visage ressemblera à celui de l’Amour, et part égale auront dans tes victoires et la gloire d’amour et l’amour de la gloire :

E avrà parte a tue vittorie
E la gloria d’amor e l’amor di glorie.
  1. Aff. étrang. Corresp. Turin, vol. 95. Dangeau à Torcy, 13 octobre 1696.
  2. Archives d’État de Turin. Matrimonii della Real Casa. Relazione del Matrimonio della principessa Adélaïde di Savoia, duchessa di Borgogna. Cette relation est extraite d’une publication beaucoup plus complète, intitulée : Ceremoniale, où sont relatées toutes les cérémonies qui se passaient à la cour et qui est en original à la Bibliothèque du Roi.
  3. Le Espendi figurate sulle rive del Po per le nozze di madama Adélaïde. Turin, Bibliothèque du Roi.