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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/735

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ici assez mal à propos en frais d’indignation ? Cela paraît probable, car lui-même va nous donner la meilleure explication de cette désignation lorsque la sincérité le force d’ajouter : « Sa façon de vivre et le nombre d’amis et de connaissances particulières qu’elle avoit su toute sa vie se faire et s’entretenir à la ville et à la Cour entraînèrent tout le monde à l’applaudissement de ce choix. » La princesse des Ursins écrivait de son côté à Maurepas : « Le Roi ne pouvoit pas, pour toute sorte de raisons, choisir mieux que Mme la duchesse du Lude pour dame d’honneur [1]. » En effet, la duchesse du Lude était par elle-même de fort grande naissance, fille de la duchesse de Verneuil, sœur du duc de Sully. Fort jeune, elle avait épousé le fils du duc de Gramont, celui que Saint-Simon appelle, non sans raison, le galant comte de Guiche et que son aventure avec Madame a rendu célèbre. Elle n’avait eu guère à se louer de cet époux. « Je l’aurais aimé passionnément, disait-elle, s’il m’avoit un peu aimée. » Mais il ne l’aima guère, s’il faut en croire cette singulière inscription que nous avons eu occasion de relever au bas d’un solennel portrait de famille peint par Mignard et gravé par Larmessin : «… A esté mariée en premières noces, à Armand de Gramont, chevalier comte de Guiche, fils aîné du maréchal de Gramont, avec lequel n’ayant point eu de société pendant le mariage, elle en est demeurée veuve en 1674 sans enfans. » Elle avait toujours passée pour fort sage. Son veuvage fut assez long, car ce ne fut qu’en 1687 qu’elle épousa Henry de Daillon, duc du Lude, grand maître et capitaine général de l’artillerie de France. Leur union, qui couronnait une longue passion de la part du duc du Lude, fut courte, et elle demeura veuve encore une fois sans enfans. Elle était restée admirablement belle. « Les années coulent sur elle comme l’eau sur la toile cirée », écrivait Mme de Coulanges ; et Bussy disait qu’il aurait voulu être prince du sang pour l’épouser. Elle avait une grande fortune, tenait une fort bonne maison avec une excellente table, se montrait polie et serviable avec tout le monde, et entretenait beaucoup de relations. Saint-Simon assure qu’elle était « basse et rampante sous la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes », et que, « sans aucun besoin, elle faisoit par nature sa cour aux ministres et atout ce qui étoit en crédit, jusqu’aux valets. » Cette bassesse se réduit probablement à ceci, qu’à beaucoup de mérites et d’avantages elle joignait un peu de complaisance et de savoir-faire. Tout cela réuni suffit amplement pour expliquer le choix dont elle fut l’objet et dont elle devait se montrer digne,

  1. Cabinet historique, t. XI, p. 308.