Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/728

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le même jour le Roi adressait à l’archevêque de Paris, pour lui annoncer la conclusion de la paix, une lettre « qui fut trouvée fort belle », et dont les termes ne manquent en effet ni de grandeur ni de vérité : « Mon cousin, lui disait-il, comme dans cette guerre que je soutiens, seul depuis neuf ans, contre l’Europe conjurée, je n’ay eu d’autres vues que de défendre la Religion et de venger la majesté des Rois, Dieu a protégé sa cause ; il a conduit mes desseins et secondé mes entreprises. Les heureux succès qui ont accompagné mes armes m’ont été d’autant plus agréables que je me suis toujours flatté qu’ils pourroient conduire à la paix, et je n’ay profité de ces prospérités que pour offrir à mes ennemis des conditions plus avantageuses que celles qu’ils auroient pu souhaiter quand même ils auroient eu sur moy la supériorité que j’ay conservée sur eux… J’ay tout mis en usage pour montrer à mon frère, le duc de Savoye, avec quelle ardeur je désirois voir renaître entre nous une intelligence établie depuis tant de siècles, fondée sur les liens du sang et de l’amitié, qui n’avoient été interrompus que par les artifices de mes ennemis. Mes vœux ont été exaucés. Ce prince a connu ses véritables intérests et mes bonnes intentions. La paix a été conclue. » Et la lettre se terminait par l’ordre de chanter un Te Deum.

Un Te Deum fut en effet chanté à Notre-Dame, et le soir on tira sur la place de l’Hôtel-de-Ville un feu d’artifice dont la principale pièce représentait Alexandre le Grand tranchant le nœud gordien. Il y eut des réjouissances dans toute la ville. « Elles éclatèrent à la manière accoutumée en de pareilles occasions, dit le Mercure de France, le peuple réglant toujours sa joye, quelque intérest qu’il ait à la paix, sur le plaisir qu’elle fait au Roy, et ne l’ayant jamais demandée ni même souhaitée contre sa volonté. »

Le Mercure ici exagère un peu les choses. Si le peuple ne demandait pas la paix (il n’avait guère en ces temps le moyen de demander quelque chose), du moins il la souhaitait fort. Bien que la guerre n’eût pas pesé d’un poids aussi lourd sur la France que sur le Piémont, cependant elle n’avait pas laissé d’entraîner avec elle son cortège de souffrances. Suivant l’énergique expression de Voltaire, « on périssait de misère au bruit des Te Deum », et on se flattait que cette misère finirait avec la paix. D’ailleurs le Savoyard n’était pas un ennemi héréditaire comme l’Anglais ou l’Allemand, et la brouille avec lui n’ayant jamais été bien comprise, la réconciliation paraissait toute naturelle. Ce qui achevait de rendre cette réconciliation populaire, c’était le mariage qui avait été annoncé en même temps que la paix. Dans les pays profondément monarchiques, comme la France