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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/720

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monde. L’unité nationale n’a pas de signe plus éclatant que l’unité de législation universellement acceptée ou imposée, et peut-être n’est-ce pas assez de voir là un simple signe, car il s’agit de la chose elle-même et de ce qui en constitue la substance et le fond. Or, il s’en faut de beaucoup que la loi soit respectée également sur tous les points du territoire et par tous les citoyens. Il y a des régions où on l’observe mal. Il y a des citoyens qui ne l’observent pas du tout. Ces citoyens sont les maires : non pas tous assurément ; l’immense majorité d’entre eux donne l’exemple de la plus parfaite soumission aux lois ; les exceptions sont même très rares : il suffit qu’elles existent et qu’elles ne soient pas toujours immédiatement réprimées pour faire naître une grande perturbation morale. Nous ne voulons rien exagérer ; mais enfin l’habitude qu’on a prise dans plusieurs villes du Midi de faire des courses de taureaux, avec mise à mort de l’animal, est une violation manifeste de la loi. On proteste, mais pour la forme ; quelquefois même on oublie de le faire ; quelquefois les préfets ou les sous-préfets assistent à la fête, sauf à se retirer in extremis, à la minute même où se produit un dénouement qui paraît les surprendre et que tout le monde connaissait d’avance. Cela est regrettable, et ce n’est pas forcer la note que de le dire simplement. Sans doute, il y a des choses plus graves. Un maire, qui est en même temps député, et qui, faisant les lois, donne l’exemple de les violer, est encore plus répréhensible. Démolir de sa seule autorité un monument historique et classé comme tel, est un acte assez voisin du vandalisme. Un simple citoyen se garderait bien de l’accomplir. Mais un maire ne se gêne pas pour si peu ; il passe outre à la loi dont il est chargé d’assurer l’exécution, et la nuit, à la lueur des torches, il jette à bas une porte d’Avignon. Si le gouvernement se contente d’opposer des protestations platoniques aux courses de taureaux, ou d’exercer contre ceux qui en prennent la responsabilité des poursuites dérisoires, nous ne sachons pas qu’il ait encore rien fait contre M. Pourquery de Boisserin. Cependant, il importerait d’établir une fois pour toutes quelles sont, en pareille matière, les droits des municipalités. A supposer que M. Pourquery de Boisserin ait eu celui de faire ce qu’il a fait, nous tremblons pour les monumens historiques de la France. Il ne viendra peut-être pas à l’esprit de tons les maires de les démolir ; mais qui sait s’il n’y viendra pas, un jour ou l’autre, de les restaurer et de les enjoliver ? Chaque violation de la loi, prise en elle-même, n’est peut-être pas très importante ; elle l’est beaucoup si on en dégage la signification morale, politique, nationale. De plus en plus, chacun se croit maître de faire ce qu’il veut et de céder aux fantaisies qui traversent son imagination, sans se mettre en peine de savoir s’il n’y a pas un intérêt plus général, reconnu et fixé par la loi, qu’il devrait avant tout respecter.

Le devoir du gouvernement est d’intervenir, toutes les fois qu’un