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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/702

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Revues étrangères – Une biographie hollandaise de Spinoza [1]


Dans le courant de l’année 1693, un pasteur luthérien de Dusseldorff, nommé Johann Kœhler, étant venu s’établir à la Haye avec sa famille, trouva à louer, au second étage d’une maison du Veerkade, un appartement où on lui dit qu’avait demeuré avant lui, de 1669 à 1671, l’opticien et philosophe juif Benoît de Spinoza. Cette coïncidence parut flatter l’amour-propre de l’excellent pasteur. « La chambre où j’étudie, nous apprend-il avec une nuance d’orgueil, est la même où Spinoza couchait et où il travaillait. » Et il résolut aussitôt de mettre à profit une occasion aussi belle pour se renseigner sur la vie et le caractère de ce libertin fameux, dont le Traité théologico-politique et les Œuvres posthumes, récemment publiées, avaient soulevé tant de scandale parmi les pasteurs de Hollande.

La maison, malheureusement, avait changé de propriétaire depuis que Spinoza y avait demeuré. La veuve Van der Werwe, chez qui le philosophe avait pris pension, était morte : morte en laissant si peu de traces qu’on avait déjà oublié jusqu’à son nom, et que Kœhler, dans sa Vie de Spinoza, l’appelle par erreur « la veuve Van Velen ». Mais en revanche le peintre Henderyk van der Spyke vivait encore, et continuait à habiter, sur le Paviliœngracht, à deux pas du Veerkade, la maison où pendant près de six ans, de 1671 à 1677, Spinoza avait logé et mangé chez lui. Et comme, en sa qualité de luthérien, il se trouvait être précisément un des paroissiens de Kœhler, celui-ci n’eut pas de peine à en obtenir tous les renseignemens qu’il voulait.

Peut-être cependant les aurait-il gardés pour lui, et aurions-nous été privés d’un opuscule devenu désormais classique, sans le bruit

  1. Spinoza en zijn Kring, par M. K. O. Meinsma, 1 vol. in-8° ; la Haye, 1896.