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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/638

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favorisée en Australie, parce que les terres voisines des côtes sont presque toujours couvertes de forêts dont le défrichement revient à un prix élevé. Des squatters, des fermiers ou agriculteurs, et des ouvriers, les premiers sont les plus utiles, ils forment l’épine dorsale, the back-bone, suivant l’énergique expression anglaise, de la colonisation ; les seconds sont presque un élément secondaire ; les derniers ne contribuent presque pas à la prospérité de l’Australie, mais ils sont les plus nombreux, et ils la gouvernent.

Recrutement des immigrans dans des milieux sans cohésion ni tradition, en forte proportion dans les villes ; manque d’harmonie qui en résulte entre la composition de la population, en grande partie urbaine, et la nature des ressources du pays, surtout pastorales ; jalousie entre les diverses classes de cet ensemble mal équilibré, voilà ce qui a favorisé la poussée du socialisme d’État en Australie, malgré l’esprit individualiste de la race britannique qui a presque seule peuplé ce continent. On peut y ajouter quelques causes ethniques secondaires : l’influence des Écossais, très nombreux surtout en Nouvelle-Zélande et dont l’esprit s’accommode assez bien d’un radicalisme dogmatique ; celle aussi des Irlandais, qui constituent plus d’un cinquième de la population [1], et qui rendent la démocratie australienne quelque peu turbulente et impatiente. D’autre part, comme l’Anglais ne cesse jamais si vite d’être lui-même, on retrouve dans cette jeune et hardie société un grand nombre de coutumes, même d’institutions qui en revêtent l’extérieur d’apparences tout à fait britanniques. Les Anglo-Saxons tiennent à conserver les dehors et les formes des choses, lors même qu’ils en changent le fond. Les habitudes de vie, comme les plaisirs des Australiens, ont été, aussi bien que leur type, à peine modifiés par le milieu, dont l’influence ne se fait pas encore sentir depuis assez longtemps. En matière religieuse, enfin, l’influence de l’esprit anglais s’est maintenue plus profondément qu’en toute autre : les sentimens chrétiens sont encore aussi vivans et les observances extérieures, celle du dimanche notamment, plus rigidement suivies, peut-être, qu’en Grande-Bretagne même.


II

Sous le manteau de constitutions modelées sur celle de l’Angleterre, ces sociétés des antipodes sont de pures démocraties : dans les cinq colonies qui se partagent le continent australien,

  1. D’après le nombre des catholiques : 801 000 sur 3 801 000 en 1891.