Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/636

Cette page n’a pas encore été corrigée


Amérique même, les industries sont toutes récentes, sauf celle du coton. En résumé, c’est l’or qui a attiré des centaines de mille immigrans en Australie ; son extraction n’occupait en 1892 que 55 000 personnes. Les grandes ressources du pays sont essentiellement rurales ; mais ses habitans sont venus des villes et la moitié d’entre eux s’y sont renfermés de nouveau. C’est cette opposition, ce manque d’équilibre originel qui constitue le défaut le plus grave de la société australienne.

Les idées socialistes devaient naturellement être accueillies avec faveur par les chercheurs d’or malheureux ou ruinés après une fortune momentanée qui peuplaient les grandes villes, par les ouvriers très nombreux et par cela même très puissans, dont les salaires avaient été extrêmement élevés pendant le premier essor des mines et qui ne voulaient à aucun prix les voir diminuer. Des mêmes causes est né le protectionnisme à outrance : pour faire vivre tous ces ouvriers des villes, il fallait créer des industries qui, placées dans des conditions défavorables, ne pouvaient soutenir la concurrence étrangère qu’en s’entourant de hautes barrières : la seule colonie qui lui ait échappé, la Nouvelle-Galles, est précisément celle où l’industrie, grâce à d’importantes mines de charbon, pouvait naître et se maintenir naturellement.

L’Etat s’est d’ailleurs trouvé dès l’origine très puissant en Australie. La politique de vente des terres a haut prix, qui a tant contribué à la prospérité de ce pays dès avant les découvertes minières, lui procura de tout temps des ressources très importantes. Aujourd’hui encore les recettes que les diverses colonies tirent tant des terres louées pour le pâturage que de celles qui sont vendues atteignent en moyenne plus du huitième de leur revenu total. Dans la Nouvelle-Galles même, celui-ci est de 265 millions de francs dont un cinquième, 55 millions, provient du domaine public. L’Etat disposait ainsi de sommes très importantes alors que les capitaux des particuliers étaient encore faibles ou très instables, comme dans la période de grande effervescence qui suivit la découverte de l’or. Il fut ainsi naturellement amené à se charger des grands travaux publics et surtout des constructions de chemins de fer. Que la constitution du réseau ferré ait été hâtée ainsi au début, cela est incontestable ; mais bientôt arrivèrent des complications : lorsque l’État, une fois la plupart des lignes nécessaires terminées, voulut congédier la plupart des très nombreux ouvriers qu’il employait, naquit la question des unemployed, des sans-travail ; le principal remède qui y fut apporté, sous la pression de l’opinion publique et de considérations électorales, consista à entreprendre sans cesse de nouvelles