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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/635

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régulier ont été attirés par la grande loterie qu’est la recherche de l’or et se sont précipités sur elle. Recrutés dans les villes plutôt que dans les campagnes, ces immigrans formaient un ramassis hétérogène, sans tradition, sans cohésion, tout différent des groupes sociaux fortement cimentés qui colonisèrent les premiers l’Amérique du Nord, fort inférieur même à ceux qu’elle reçut durant la période de la grande immigration, du moins jusque vers 1880. C’est au milieu où se sont recrutés pour la plupart les immigrans australiens, aussi bien qu’aux circonstances qui les ont attirés qu’il faut attribuer l’un des fléaux de l’Australie, l’énorme proportion de la population urbaine.

Sur les 1 140 000 habitans de la colonie de Victoria en 1891 les villes de plus de 5 000 âmes en comptaient 616 000, soit 54 pour 100, dont 491 000 étaient concentrés à Melbourne. Dans la Nouvelle-Galles du Sud la population des villes atteint 505 000 habitans, soit 44 pour 100 de la population totale de 1 132 000 âmes ; la capitale de la colonie, Sydney, a 383 000 habitans, c’est exactement le tiers de l’ensemble. De même Adélaïde compte 133 000 âmes sur les 320 000 de l’Australie du Sud ; la proportion de la population urbaine est de 48 pour 100. Elle est un peu moins forte dans les autres colonies, tout en s’élevant encore à un peu plus du tiers en Nouvelle-Zélande (211 000 sur 626 000 âmes de population blanche), où elle est la plus faible, si l’on excepte ta minuscule Australie de l’Ouest qui n’avait pas encore subi, en 1891, l’influence des mines d’or, et dont les deux seules villes notables contenaient 14 000 des 49 000 habitans. L’ensemble des sept colonies Australasiennes comptait 1 608 000 âmes de population urbaine sur 3 809 000, proportion énorme de 42,5 pour 100, qui n’est atteinte nulle part ailleurs. Quatre villes, Melbourne, Sydney, Adélaïde et Brisbane, avaient à elles seules 1 100 000 habitans, beaucoup plus du quart de la population totale.

Le mal est d’autant plus grand que l’Australasie est, en dehors de l’industrie aurifère, un pays essentiellement agricole, pastoral surtout. La laine, la viande, les autres produits du bétail constituent les deux tiers des exportations australasiennes. De grande industrie, il n’y en a point et il n’y en aura pas de longtemps. Sauf l’or et l’argent, les mines métalliques sont à peu près inexploitées et paraissent jusqu’à présent peu abondantes ; les quelques gisemens de cuivre de l’Australie du Sud sont près de s’épuiser ; le charbon n’a d’importance appréciable qu’en Nouvelle-Galles et en Nouvelle-Zélande. D’ailleurs, un pays aussi neuf, obligé de tirer tous ses capitaux du dehors, très éloigné des plus grands marchés du monde, ne peut avoir encore d’industrie de premier ordre. En