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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/575

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du monde. Mais faites connaissance plus ample et plus intime avec cette petite société rustique si différente de la nôtre, et vous ne pourrez nier qu’il ne reste de ce contact une influence vivifiante, la même que produisent sur nous l’âpre brise de mer ou les robustes senteurs alpestres. Les caractères sont en harmonie avec les hivers d’un froid féroce, aux fougueuses tempêtes de neige qui n’empêchent pas les hommes d’attaquer, une hache à la main, au milieu des broussailles inextricables qui les repoussent, ces arbres gigantesques dont les racines plongent profondément sous la glace ; elles s’enroulent, ces racines puissantes, aux ossemens de la forêt ancestrale qui a formé ce sol si riche où d’autres bois se dressent aujourd’hui, couvrant d’immenses marais, abordables seulement quand ils sont gelés. Tel est le pays abrupt des Barney, des Deborah, des Charlotte, de tous ces fils et filles de puritains que semblent n’avoir pas effleurés les influences irlandaises ou allemandes sensibles dans le reste des Etats-Unis. Si parfois, en voyageant ailleurs, j’ai trouvé les mêmes traits caractéristiques, il m’a tout de suite été révélé que j’étais dans une colonie originaire de la Nouvelle-Angleterre et qui gardait avec fierté les vertus des aïeux. La chose est tout à l’honneur de la mère patrie et de l’empreinte indélébile qu’elle laisse à sa postérité.

En ce moment où le goût d’approfondir les âmes étrangères devient de plus en plus général, on n’étudiera peut-être pas sans intérêt, à travers le talent bien moderne de miss Wilkins, une âme tout aussi curieuse que l’âme Scandinave ou l’âme russe, bien qu’elle soit loin d’avoir la même séduction d’énigme : je veux dire l’âme anglaise du XVIIe siècle, transplantée dans ce qui, comparativement aux provinces colonisées depuis, est devenu la vieille Amérique.


TH. BENTZON.