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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/553

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— Oui, répondit-il avec lenteur, elle est à la maison.

Ce n’était pas un très jeune homme, mais il gardait sur son large visage un air enfantin.

Louisa était un peu moins âgée ; son teint restait frais et uni ; pourtant elle donnait aux gens l’impression d’être son aînée.

— Lily Dyer doit être d’un grand secours chez vous, poursuivit-elle.

— Sans doute. Je ne sais pas comment ma mère ferait sans elle, dit Dagget avec une chaleur mêlée d’embarras.

— Elle a l’air d’une fille capable. Et elle est jolie…

— Assez bien, répondit Dagget.

Et il se mit à feuilleter les livres sur la table. Il y avait un album d’autographes rouge et un livre d’étrennes pour les demoiselles qui avait appartenu à feu Mrs Ellis. Il les prit l’un après l’autre, et, en les replaçant, posa l’album sur le livre d’étrennes.

Louisa le suivait des yeux avec anxiété. Finalement elle se leva et changea la position des livres, mettant l’album en dessous.

Dagget éclata d’un rire contraint : — Voyons, Louisa, quelle différence cela fait-il que celui-ci soit dessus ou dessous ?

— Je les arrange toujours ainsi, murmura-t-elle en guise d’excuse.

— Non, vrai, vous n’avez pas votre pareille, reprit Dagget en continuant de rire, mais toujours sans aucune gaîté.

Une heure après, il se leva pour prendre congé. En sortant, il buta sur un petit tapis et, en essayant de se rattraper, heurta le panier à ouvrage qu’il fit tomber de la table par terre.

Confus, il regarda Louisa, puis les bobines qui roulaient de tous côtés ; mais, comme il se baissait gauchement, elle l’arrêta.

— Ne faites pas attention… Je les ramasserai quand vous serez parti.

Ces paroles furent prononcées avec une roideur polie. Peut-être souffrait-elle de le voir si agité, si nerveux, ce qui la gênait dans ses efforts pour le rassurer.

Quand Joe Dagget fut sorti, il poussa dans l’air tiède du soir un long soupir et ressentit l’impression qu’un ours innocent et bien intentionné pourrait ressentir en s’échappant d’une boutique de porcelaine. Louisa, de son côté, éprouvait quelque chose d’analogue aux sensations que te boutiquier bienveillant et inquiet doit éprouver après le départ de l’ours.

Elle attacha autour d’elle le tablier rose d’abord, puis le tablier vert, ramassa tous ses trésors épars, les rangea dans son papier à ouvrage et redressa le tapis. Après quoi, elle posa la lampe sur le plancher qu’elle se mit à examiner avec soin ; elle