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vouloir que cette représentation soit toute la vie nationale en raccourci ? Comment les rayer du pays et néanmoins avoir une représentation réelle du pays ? C’est une grosse, une très grosse question, et le législateur aura à la résoudre, lorsqu’il définira les « unions locales » appelées à contribuer, pour un tiers, à l’élection du Sénat.

Mais que les syndicats soient ou ne soient pas compris entre ces « unions locales », c’est par et parmi elles, par et parmi ce que la loi reconnaîtra comme « unions locales » ayant le droit d’élection, que devra être nommé un tiers des sénateurs. Si, là aussi, l’on bornera la circonscription territoriale au département, ou bien si, pour ce dernier tiers, sénateurs élus par et parmi les « unions locales » d’ordre social, on l’étendra, afin d’avoir plus de choix, au ressort de l’académie ou de la cour d’appel, cela encore peut faire question ; mais l’importance en est secondaire ; qu’on en décide comme on voudra, pourvu que, rassemblées en une circonscription territoriale ou en une autre, le plus possible d’ « unions locales » soient représentées et qu’il entre ainsi dans la représentation nationale le plus possible de la vie nationale.


III. PRINCIPES DE LA REPRÉSENTATION RÉELLE DU PAYS

Voilà, cette fois, voilà enfin une représentation organique, d’où n’est absent rien d’essentiel de tout ce qui est organe, facteur ou agent de vie dans la nation. Voilà enfin le suffrage universel, par qui l’Etat moderne doit vivre, organisé d’après la vie ; le voilà qui n’est plus seulement l’incarnation d’une abstraction, la « matérialisation », grossière et insaisissable tout ensemble, de cette vaine illusion : la souveraineté du peuple.

Nous ne nous étions pas proposé davantage. Dire : l’Etat moderne aura pour support et pour moteur le suffrage universel, le suffrage universel et égal ; mais si, précisément, il traverse une crise, c’est que, pour son malheur, il ne connaît que le suffrage universel anarchique ; si le suffrage universel s’est jusqu’à présent montré anarchique, c’est que jusqu’à présent il est demeuré inorganique ; et s’il est demeuré inorganique, c’est qu’on a voulu faire de lui l’expression d’on ne sait quelle souveraineté du peuple, éparse en dix millions d’atomes électoraux, tous isolés l’un de l’autre et détachés de tout, tourbillonnant au vent et se mouvant en pleine fantaisie dans le grand désert de l’Etat. Dire ensuite : que l’on réintègre, à sa place, dans l’Etat, tout ce qui doit y avoir une place ; que ces dix millions d’atomes s’agrègent en trois ou quatre corps, suivant leurs affinités les plus fortes, les plus certaines ; que, cessant de faire du suffrage universel la fausse expression d’une fausse