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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/486

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sont pas au complet. Ces objections dont on faisait naguère encore tant de bruit ont perdu de leur gravité dès qu’on l’a bien voulu. Les chefs insurgés ne font plus d’opposition à la réunion de l’Assemblée nationale ; ils attendent d’elle des réformes, et des délégués vont être nommés dans chaque district pour en rédiger en quelque sorte les cahiers. Beaucoup de difficultés sont encore à prévoir. Le bruit court qu’un certain nombre d’insurgés refusent de se soumettre, et vont rédiger une protestation contre l’Assemblée de Fré. Les musulmans de leur côté, ou du moins les plus échauffés d’entre eux, se montrent indignés des concessions faites, et un certain nombre refusent de prendre part aux travaux de l’Assemblée. Que seront les vœux exprimés par celle-ci ? Seront-ils accueillis sans délai ni résistance ? Pourront-ils l’être ? Ce sont là des questions qui restent incertaines. Il faudrait exagérer l’optimisme pour croire que tout est terminé en Crète, et que la situation de l’Orient, hier encore si agitée, a retrouvé son calme et son équilibre toujours artificiels. Le premier acte seul est terminé. Il s’est bien terminé parce que l’Europe a été, depuis le commencement jusqu’à la fin, parfaitement unie, et que toutes les puissances se sont mises et sont restées d’accord les unes avec les autres. Si la même prudence, la même réserve, le même désintéressement, la même union président aux actes suivans, ils se termineront bien à leur tour, malgré les tentatives qui ne manqueront pas d’être faites pour en troubler le cours et en changer le dénouement. Quant à dire si ces heureux sentimens continueront d’animer toutes les puissances sans aucune exception, et si le sultan montrera de son côté la même disposition à accepter les transactions nécessaires, tout ce que nous pouvons pour le moment, c’est en émettre l’espoir.


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-gérant, F. BRUNETIÈRE.