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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/476

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objections venaient de tous les côtés de l’horizon, tantôt de la gauche, tantôt de la droite, tantôt du centre. Que serait-ce lorsqu’on aborderait le projet article par article, et qu’il faudrait répondre à tous les amendemens qui ne manqueraient pas de se produire ? II en est résulté un découragement en quelque sorte préalable. Chacun a eu le sentiment de l’impuissance finale à laquelle on marchait. A quoi bon un si laborieux effort puisqu’il ne devait pas aboutir ? On avait fait un faux départ ; ne valait-il pas mieux s’arrêter tout de suite, revenir en arrière, et chercher une autre voie plus simple et plus directe ? C’est le parti qu’on prit, et il n’y en avait pas un autre à prendre.

Nous avons dit que le projet du gouvernement était beaucoup trop compréhensif et touffu. Il présentait en bloc un ensemble de réformes dont chacune aurait rempli toute une session parlementaire. Le tort du ministère est d’avoir pris trop au sérieux les votes précédens de la Chambre, et de les avoir regardés comme un point de départ obligé, comme une base d’opérations solide, sans tenir assez compte de ce qu’ils avaient eu de contingent et de fugitif. Ainsi le ministère Bourgeois avait fait voter par la Chambre la suppression de l’impôt des portes et fenêtres et de l’impôt personnel mobilier. Cette suppression se rattachait à tout un système que la Chambre n’avait, en somme, ni accepté ni repoussé. Il n’y avait eu là rien de définitif. Le ministère en a jugé autrement ; il a supprimé l’impôt des portes et fenêtres et l’impôt personnel mobilier. A la vérité, le second a été aussitôt rétabli sous un autre nom ; il devait s’appeler dorénavant taxe d’habitation ; mais quoique l’ancien impôt fût très reconnaissable sous ce nouveau vocable, il présentait des particularités nouvelles dont chacune était de nature à provoquer des discussions à perte de vue. On peut ne pas toucher à notre vieil édifice fiscal ; on peut encore, si on y touche, le faire avec beaucoup de ménagement et de discrétion ; mais dès qu’on porte la main sur une ou sur plusieurs des colonnes principales qui lui servent d’assises, le monument est ébranlé dans son ensemble. Le projet du gouvernement, dans sa hardiesse, ne tenait pas compte de la solidarité qui existe entre toutes les pièces du système. Il ne tenait pas compte, non plus, des problèmes déjà posés sans être encore résolus. Le Sénat, pendant que la Chambre discutait la réforme des quatre contributions, était aux prises avec celle des boissons. Il est saisi, en outre, de la réforme de l’impôt sur les successions. Si on fait le total de toutes ces réformes, et si on cherche à quel chiffre elles correspondent dans le budget, on arrive à un milliard de recettes, qui étaient perçues jusqu’ici avec une facilité et une sécurité merveilleuses, et qui se trouvent mises en question. Il y a là de quoi effrayer. Qui peut répondre de la valeur des systèmes nouveaux ? N’auraient-ils pas d’autre tort, ils ont celui de n’avoir pas été éprouvés. En les adoptant, on mettait une large, une redoutable part d’inconnu dans le