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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/475

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



13 juillet.


La réforme des contributions directes a avorté. Cet avortement a pris la forme d’un ajournement, mais personne ne peut se tromper sur son caractère vrai. La Chambre a décidé qu’elle reprendrait aussitôt que possible, dans sa session extraordinaire d’automne, la discussion qu’elle était obligée d’interrompre : en fait, le temps lui manquera pour la reprendre utilement, de même qu’il vient de lui manquer pour la poursuivre et la mener à terme avant la session des conseils généraux. Rien ne sert de courir, il faut partir à temps ; il ne suffit même pas de partir à temps, il faut ne pas se surcharger d’un bagage trop lourd, trop encombrant, lorsqu’on veut faire rapidement une route difficile. Dès le premier jour où le projet du gouvernement a été déposé, on a été frappé de son ampleur et de sa complexité. Il comprenait plus de quatre-vingt-dix articles, et touchait à un si grand nombre de questions que non seulement des semaines, mais des mois, peut-être même des années auraient été nécessaires pour les résoudre avec une attention suffisante. Il est vrai de dire que la plupart de ces questions avaient été traitées maintes fois, qu’elles avaient été mises et remises à l’étude, qu’elles avaient exercé déjà la patience des assemblées ; mais cela ne veut pas dire qu’elles avaient été sérieusement élaborées, ni qu’elles étaient arrivées à ce point de maturité où il ne reste plus qu’à cueillir le fruit du travail antérieur. M. Waldeck-Rousseau, dans un discours récent, parlait avec une juste appréhension de cette prodigieuse quantité de matière qui est jetée sous la meule parlementaire, et que celle-ci ne parvient pas à broyer. On croit volontiers qu’une question est prête à recevoir sa solution parce qu’on en a entendu parler pendant longtemps. Mais lorsque, en effet, on veut conclure et soumettre à la précision d’un texte législatif les idées générales et confuses qui alimentaient les conversations, et même les discussions parlementaires, on s’aperçoit que rien de tout cela n’avait été digéré, et on rencontre sur tous les points des difficultés ou des obstacles. C’est ce qui vient d’arriver une fois de plus, et la leçon a été particulièrement instructive. A peine avait-il été mis en discussion, on s’est aperçu que le projet du gouvernement touchait à tout et ne résolvait rien. Les