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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/47

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comme le but de leurs négociations. Et c’est en cela que diffère la nouvelle alliance franco-russe des accords de même nature qui avaient été, soit médités, soit conclus à plus d’une reprise déjà entre Paris et Saint-Pétersbourg. Car ce n’est pas, on le sait, la première fois, mais bien de compte fait, la troisième depuis le commencement du siècle qu’on a cru avoir réalisé avec plus ou moins de précision ou d’éclat une entente si désirable. Ne parlons pas de la première qui rappelle des temps si différens de ceux d’aujourd’hui, qu’on est tenté de les croire plutôt fabuleux qu’historiques. Oublions les splendeurs et les effusions de Tilsitt et d’Erfurt et jusqu’au nom de ces deux potentats qui, enivrés, l’un de ses victoires, l’autre de sa domination autocratique, ont cru un jour pouvoir se partager le monde à leur fantaisie. Ce délire de l’orgueil humain a eu de terribles calamités pour conséquence et pour châtiment. Dieu soit loué, nous ne revendons plus rien de pareil ! Mais un peu plus tard, aux dernières années de la Restauration, le même rapprochement a eu lieu, dans de meilleures conditions de bon sens et de bonne foi. Ce fut la Russie qui vint chercher la France. Elle avait entrepris, pour favoriser l’émancipation de la Grèce et affranchir les rives inférieures du Danube, une lutte contre la Porte dont le succès fut d’abord douteux. Elle avait à craindre l’opposition de l’Autriche alors placée à la tête et dirigeant les conseils de la Confédération germanique. Un conflit général pouvait s’élever dans lequel la France promettait son aide, à la condition expresse ou sous-entendue qu’elle en profiterait pour faire modifier en sa faveur les dispositions des traités de 1815. Hélas ! alors on les trouvait rigoureuses et on s’en plaignait. Des révélations de source certaine nous ont fait connaître que l’on conçut à ce moment, dans les conseils de Charles X, l’espoir de reprendre possession de toute la rive gauche du Rhin. La soumission de la Porte fit ajourner ces projets dont la révolution de 1830 et l’antipathie conçue par l’empereur Nicolas contre le roi Louis-Philippe effacèrent même le souvenir.

Il est bien clair que rien qui puisse ressembler, même de loin, à de telles perspectives, n’a pu traverser l’esprit des négociateurs de l’alliance nouvelle. En fait, la Russie n’a pas à se plaindre d’un état de choses qu’elle a contribué indirectement à établir parle secours qu’elle a prêté à l’Allemagne pendant la guerre et dont elle a très légitimement escompté le prix, avant même que nous eussions succombé, par les protocoles de la Conférence de Londres. La seule chose qu’elle ait à craindre, c’est qu’un accroissement nouveau acquis au redoutable voisin qu’elle a laissé grandir, puisse compromettre, dans un avenir plus ou moins