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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/463

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Revue littéraire – Le mariage de madame Roland


Il a été beaucoup question de Mme Roland dans ces derniers temps, et nous avons une fois de plus assisté au sourd travail de la légende faisant effort contre l’histoire. Maintenant que le livret d’opéra de MM. Bergerat et de Sainte-Croix a quitté l’affiche de la Comédie-Française, et que nous n’avons plus sous les yeux les grâces mièvres de la charmante et touchante Mme Barretta, le moment est bon pour rétablir en face de l’image conventionnelle et romanesque, le portrait véritable. L’occasion nous en est fournie par la publication que vient de faire M. Join-Lambert sous ce titre : le Mariage de Madame Roland [1]. Ce sont cent douze lettres échangées entre Marie Phlipon et Roland pendant les trois années où se prépara, se défit et se renoua, au milieu de toutes sortes d’incidens et de péripéties, le projet de leur union. Elles sont du plus haut intérêt. Elles nous renseignent d’abord éloquemment et abondamment sur l’état d’une âme héroïque, lyrique et romantique à la veille de la Révolution. Elles nous font ensuite pénétrer dans l’intimité de deux personnages dont nous voyons au jour le jour se modifier les sentimens et se dessiner la physionomie morale. Enfin elles prouvent une fois de plus avec quelle réserve il faut se servir du témoignage que les auteurs de Mémoires apportent dans leurs propre cause. Lorsque nous revoyons à distance les événemens qui ont fait date dans notre passé, nous les apercevons à travers les conséquences qu’ils ont développées dans le temps, et nous les modifions à

  1. Le Mariage de Madame Roland. Trois années de correspondance amoureuse (1777-1780), publié avec une introduction et des notes, par A. Join-Lambert. 1 vol. in-8°, chez Plon.