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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/431

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quel accueil leur est fait dans les cercles officiels, lorsqu’ils parlent de se rendre à Madagascar, en Sénégambie, au Congo ! Ils vous diront comment leur belle ardeur est tombée devant les circonlocutions des grands experts consultés, devant les réticences, les fins de non-recevoir enveloppées d’explications nébuleuses, devant les mille manières d’exprimer cette éternelle, décourageante, implacable réponse de l’administration, murmurée bas à l’oreille comme une excuse, ou lâchée d’un ton solennel comme une leçon. Il n’y a rien à faire ! Il doit y avoir beaucoup à faire au contraire. Il serait opportun de chercher à diriger sur le Tonkin, sur Madagascar, même sur la côte occidentale d’Afrique, des jeunes gens qu’attire en ce moment même le mirage des richesses du Transvaal. Sur ce point, la chambre de commerce de Lyon a pris une belle et bonne initiative en envoyant à ses frais une mission étudier les ressources commerciales de l’Indo-Chine et des provinces chinoises confinant à nos possessions.


VIII

Il n’est pas un point du monde où ne surgissent devant les efforts de notre industrie et de notre commerce des concurrences nouvelles. Le grand essor industriel du Japon a déjà été ici l’objet d’une attention spéciale. Dans l’Amérique du Nord et du Sud, c’est principalement sur le terrain commercial que nous avons à lutter contre d’ardentes rivalités. Il est possible cependant que, même à cet égard, le danger ne soit pas toujours aussi grand qu’on le suppose. M. Ritt, consul de France à Sain Paulo, au Brésil, estime que la concurrence allemande, qui nous a été si préjudiciable en ce pays comme en tant d’autres, pourrait bien y avoir épuisé tous les succès qu’elle pouvait espérer à notre détriment : « Le commerce allemand, dit-il dans son dernier rapport, est visiblement arrivé à son point culminant dans l’Amérique du Sud et ne saurait plus gagner beaucoup de terrain contre le trafic français. » Ce qui avait jusqu’ici favorisé les progrès des exportateurs allemands, c’est qu’ils « engagent fortement leurs capitaux, et savent tenir grand compte de la nécessité du crédit ; les délais et facilités très larges de paiement qu’ils accordent sont particulièrement appréciés par les Sud-Américains. » Mais, justement, cet élément de succès, dont l’action a été d’abord si rapide et si étendue, n’est point d’une application éternelle, la fabrication allemande, si longs que soient les crédits qu’elle accorde, ne pouvant après tout livrer gratuitement ses produits. Nous ne parlerons pas de causes secondaires auxquelles les Allemands ont pu devoir une supériorité temporaire, telles que la modicité extrême des prix de certains