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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/425

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quelques années la culture du blé ne serait plus chez nos voisins qu’un souvenir historique. Il est vrai que, si les cultivateurs anglais, qui produisent maintenant si peu de blé, produisent aussi un pou moins d’orge que précédemment, ils obtiennent en retour plus d’avoine et plus de foin, étendent leurs pâturages, et se livrent de plus en plus à l’élevage. Il est vrai encore que les peintures navrantes auxquelles se complaît la presse britannique ne s’appliquent heureusement pas à toutes les parties de l’Angleterre, et que l’aspect des campagnes, en plus d’une région, ne révèle point cet étal de décadence et de ruine [1]. Toutefois les lamentations, en général, ne sont que trop légitimes. Le cri universel est que 1895 a été la plus mauvaise année depuis 1879, qu’on n’avait pas vu depuis vingt ans une aussi faible récolte d’orge, que les prix n’ont jamais été aussi ruineux, etc. Les choses paraissent se modifier heureusement cette année. La superficie emblavée, au lieu de diminuer encore, a été notablement accrue.

Un journal anglais exhumait récemment une plaquette de quelques pages, publiée à Londres en 1801, ayant pour auteur un clergyman du sud de l’Angleterre, et portant le titre suivant : « Observations sur le prix énormément élevé des objets d’alimentation ; montrant notamment que l’opulence excessive des cultivateurs tend à bouleverser les gradations nécessaires de la société ; qu’elle est nuisible aux intérêts de la moralité publique ; et que, s’il n’y est point appliqué un remède énergique, elle deviendra un fléau pour le pays. » On voit dans cet opuscule que, par suite du prix extravagant du blé (près de 5 livres sterling le quarter) et des autres articles nécessaires à la vie, il y a une misère extrême dans tous les rangs de la société sauf chez les fermiers et les propriétaires fonciers. L’auteur estime que si le parlement voulait fixer par une loi (déjà l’intervention de l’État ! ) un prix maximum pour le froment, soit 4 livres sterling par quarter, il laisserait encore le fermier s’enrichir, mais faciliterait l’importation et soulagerait une immensité de misères, sans violer à aucun degré le principe d’équité. Pourquoi d’ailleurs s’arrêter après une première atteinte à la liberté individuelle ? Notre clergyman dénonçait la spéculation

  1. État de l’agriculture dans le Cumberland, d’après un rapport de M. Wilson-Fox à la commission royale d’agriculture : la dépression est loin d’être aussi forte dans cette région que dans nombre d’autres districts ; entre 1874 et 1804, la superficie des cultures en blé et en orge a décru de plus des trois quarts ; mais celle de l’avoine a augmenté de 19 pour 100 ; les récoltes vertes de toute nature de 5 pour 100 ; les prairies temporaires de 20 pour 100 ; les pâturages permanens de 10 pour 100 ; la quantité du bétail de plus de 10 pour 100.