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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/419

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une satisfaction qui se comprend aisément l’arrivée au pouvoir de son défenseur attitré, M. Méline, l’apôtre de la politique de la protection. Un important dégrèvement des charges fiscales qui pèsent sur l’agriculture est, on le sait, un des articles essentiels du projet de réforme des contributions directes, actuellement en discussion à la Chambre.

Que le commerce ne soit pas satisfait de la campagne que mènent les protectionnistes en faveur de l’agriculture, qu’il accable des critiques les plus acerbes le régime économique inauguré en 1892, cela n’a rien que de naturel [1]. Comment méconnaître, toutefois, dans une discussion où l’impartialité semble singulièrement difficile à atteindre, que le reproche fait au protectionnisme d’avoir tué notre commerce d’exportation a perdu, en 1895, une partie de sa justification absolue, en tout cas son opportunité, puisque, l’année dernière, la valeur de nos exportations a augmenté sur l’année précédente de plus de 300 millions ? A cet argument de fait, les libre-échangistes opposent l’assertion, nécessairement hypothétique, qu’avec le régime de la liberté nos ventes à l’étranger auraient pris, après la période de dépression 1892-94, un essor bien plus brillant que celui dont les protectionnistes se montrent si fiers grâce aux chiffres de 1895. Quoi qu’il en soit, la chambre de commerce de Paris a protesté, et avec elle ont protesté les chambres de Lyon et de Marseille, d’autres grandes villes encore, la chambre des courtiers assermentés, puis des associations particulières comme la Société des industriels et commerçans de France. A toutes ces manifestations de résistance, il faut ajouter encore le vote du conseil supérieur du commerce condamnant l’ensemble de mesures successivement adoptées par le conseil supérieur de l’agriculture et par la commission des douanes d’accord avec le cabinet. Le gouvernement

  1. Il est certain que nos grands ports de commerce ont vu le tarif protectionniste agir sévèrement sur les élémens primordiaux de leur prospérité. Le port de Gênes est en progrès, celui de Marseille décline. Prospérité et déclin sont peut-être exagérés dans les publications émanant de la chambre de commerce de Marseille, qui a une propension manifeste à charger le protectionnisme de tous les méfaits du sort à l’égard de notre grand port méditerranéen. Mais il y a des faits indéniables. Le mouvement du port de Gênes a gagné dans les quatre dernières années près d’un million de tonnes ; Marseille, dans le même temps, en a perdu près d’un million. Est-ce à dire que ce qui est entré en moins à Marseille est précisément ce qui est entré en plus à Gênes ? Non, car notre consul général en cette ville croit savoir que l’augmentation dont Gênes a bénéficié est due, pour moitié au moins, à des importations plus considérables de charbons anglais. — L’Italie est fière de son grand port de commerce. Dans sa détresse, le Trésor y trouve le moyen de se montrer prodigue pour aider Gênes à soutenir la concurrence de Marseille. Aussi le mouvement de la navigation du port italien continue-t-il à s’élever, celui de Marseille à enregistrer de nouvelles portes. L’écart, en faveur de Marseille qui était encore de 4 millions de tonnes en 1892, était déjà tombé à deux en 1894, et il a diminué encore en 1893.