Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/410

Cette page n’a pas encore été corrigée


relation de causalité entre le régime douanier et les fluctuations d’activité de notre commerce extérieur. La décadence révélée par les chiffres de 1891 à 1894, heureusement enrayée en 1895, avait commencé sous le régime libéral ; elle s’est continuée sous le régime protectionniste, recevant peut-être de l’action de ce dernier quelque accentuation, mais déterminée surtout par l’énergie croissante de la concurrence étrangère. De grands pays, naguère exclusivement agricoles, développent avec une étonnante rapidité des aptitudes industrielles. Des pays nouveaux alimentent l’Europe, à l’heure actuelle, de commandes importantes de machines pour s’outiller eux-mêmes et arriver à se passer du vieux monde. Russie, Chine, Japon auront un jour leurs aciéries, fonderies et hauts fourneaux. On verra, dans le prochain siècle, des industriels français, anglais, allemands, obligés de fonder des usines aux Indes, en Birmanie, au Tonkin, pour lutter contre des confrères à peau jaune. Certains courans de commerce seront supprimés, d’autres s’établiront. Le nouveau tarif douanier a bien certainement commencé par amener un ralentissement dans nos échanges. Il y a eu une période difficile pour nos exportateurs. Mais le relèvement qui s’est produit en 1895 a ranimé les courages. L’industrie française a compris qu’il serait aussi funeste de s’abandonner à un pessimisme débilitant que de s’endormir dans une trompeuse sécurité. La France a été et restera un pays de grande exportation. Tout en s’appuyant sur la base solide du marché intérieur, l’industrie doit redoubler d’efforts pour faire accepter ses produits au dehors. Le commerce a, en outre, dans les productions de l’agriculture, de l’élevage, des pêcheries, des forêts, du sous-sol, une immense variété d’articles d’échange. Il n’en est pas réduit aux fameux bibelots de Paris, comme le voudrait donner à croire certaine légende, aussi mensongère que celle qui veut que tous les Français et Françaises vivant à l’étranger soient exclusivement des coiffeurs, des modistes, des cuisiniers, ou des professeurs courant le cachet : on ajoute aujourd’hui des fonctionnaires, depuis que nous avons reconquis des colonies.


II

De 1890 à 1895 nos relations commerciales ont présenté avec un certain nombre de pays d’Europe et d’Amérique des réductions continues. L’Allemagne par exemple nous a dépossédés du second rang dans la République Argentine, où la valeur de nos envois a baissé, en dix années, de 17 à 10 millions de piastres or. En dehors des causes générales qui expliqueraient ce