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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/399

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du passé, il peut ainsi proclamer les vérités de l’avenir. Avec Olaus Pétri, le chercheur de l’idéal nouveau, il sera idéaliste, pour montrer quel est l’idéal vers lequel tend à cette heure l’esprit humain ; avec le roi Gustave Vasa, qui ramenait tout à la réalité du moment, il sera réaliste, pour faire ressortir l’état intime de cette réalité ; avec l’anabaptiste Gerdt enfin, qui voulait faire table rase de tout ce qui existait, pour permettre l’avènement d’un régime nouveau, avec celui-là il se fera anarchiste, afin de montrer qu’il faut détruire la domination de l’idée ancienne, pour que l’idée nouvelle puisse se faire jour. L’évêque Brask représentera la vérité ancienne, qui était vraie jusqu’au moment où la vérité moderne est venue prouver qu’elle ne l’était plus. La morale étant, comme toute chose, en voie de développement, devient absurdité et tyrannie dès qu’on la rend immuable. Olaus Pétri, en se mariant, péchait, comme prêtre, contre la morale ancienne : il se conformait à la nouvelle, et frayait le chemin à celle de l’avenir. La sécularisation du mariage devait précéder le mariage libre.

Avions-nous raison de dire que le naturalisme suédois, de par les qualités mêmes de la race, ne pouvait manquer d’être un naturalisme à outrance, et d’aller d’un bond aux conséquences extrêmes ? Le fait en lui-même ne lui suffit pas ; il veut l’admission intégrale du principe, et donne hardiment, résolument la satisfaction des penchans naturels pour base unique à la morale. Il taxe impitoyablement d’idéalisme suranné, de tyrannie piétiste, toute velléité de mettre l’intérêt social et la moralité publique au-dessus de cette liberté individuelle. M. Strindberg accuse le « piétisme officiel » de son pays d’entraver le progrès naturel. D’après lui, les penchans individuels règnent déjà en maîtres dans le monde civilisé, et il s’indigne de ce que les lois ne reconnaissent pas encore leur suprématie. L’amour libre n’est-il pas déjà plus général, dans nos mœurs, que le mariage ? Mais le mensonge et la convention continuent d’opprimer l’a nature.

Il en est de même de la famille. Ce qui survit encore de son ancienne conception n’est que préjugé ou mensonge social. La piété filiale, l’autorité des parens, sont choses du passé. Le culte de la mère, comme le culte de la femme, sont des vestiges de l’ancienne Mariolâtrie, qui inspira la Renaissance et que renversa la Réformation. Le respect exagéré de l’autorité paternelle est un vieux reste du droit romain, qui doit disparaître, comme ont disparu le culte des morts et la dévotion aux cendres des aïeux. La tyrannie de l’autorité des parens est symbolisée, dans Maître Olaf, par le caractère et le rôle de la mère du réformateur, qui veut, « dans