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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/388

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système d’éducation lui paraît fondé « sur une idée surannée de Paradis et d’Enfer. » Certaines actions sont réputées bonnes, d’autres mauvaises, sans qu’il puisse bien comprendre pourquoi. Aussi l’école ne réussit-elle qu’à lui détraquer les nerfs, à détruire en lui toute fermeté de caractère, à lui inspirer le doute de lui-même et la désespérance. L’instruction religieuse lui fait voir pareillement « toute l’inanité de la religion. » La camaraderie de l’école ne développe en lui que des penchans pervers. Et enfin, lorsqu’il apprend à connaître la femme : « Comment ! se dit-il, ce n’est que cela ? »

Il parvient tout de même à passer son baccalauréat, et le voilà à l’Université, à Upsal. Nouveaux mécomptes ! Ici les études sont libres, il n’y a plus la contrainte de l’école. Mais c’est « la liberté du vide dans l’air raréfié ! » Rien ne le pousse au travail. Il doit continuer à piocher le latin, la philosophie, l’esthétique. A quoi bon tout cela ? La chimie, la physique, à la bonne heure ! Elles peuvent au moins servir à quelque chose dans la vie. Mais le reste ?… Il tente l’examen, mais échoue, et est renvoyé à ses études. En attendant, le manque d’argent le harcèle. Il est aux abois. Il réussit un moment à obtenir une bourse de l’État, mais bientôt après il la perd pour avoir négligé de remplir les formalités requises.

Enfin il quitte l’université et se fait maître d’école, mais il trouve le métier « idiot ». Il devient alors précepteur dans une famille dont le chef, médecin distingué, s’intéresse à lui et l’engage à étudier la médecine en lui promettant sa protection. Il retourne à Upsal et s’inscrit à la faculté de médecine. Il travaille même sérieusement pour se préparer à la licence. Par malheur, il se prend de querelle avec les doctes autorités. Il veut sortir de la routine : ou lui oppose des règlemens ! La faculté naturellement se venge en lui refusant ses diplômes. Aussi quitte-t-il encore une fois l’université en secouant contre elle la poussière de ses pieds. Il a, pendant ses momens de loisir, écrit des articles de critique et des pièces de théâtre, dont quelques-unes même ont vu déjà le feu de la rampe. Peut-être est-ce là sa vocation ? Il revient à Stockholm et se fait journaliste.

Les littérateurs suédois, nous explique-t-il, menaient alors une vie souterraine. Leurs noms étaient inconnus, mais ils tenaient en leur pouvoir l’honneur de tous les citoyens, honneur qui dépend, non du mérite et de l’honnêteté, mais de la considération sociale. Comment, se demande M. Strindberg, la société a-t-elle pu confier une arme aussi dangereuse à des combattans aussi obscurs, qui n’offrent aucune garantie de loyauté ? Il est vrai, s’empresse-t-il d’ajouter, qu’elle remet le bonheur des peuples