Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/347

Cette page n’a pas encore été corrigée


La cour d’assises de la Seine


IV. LE DÉLIT DE PRESSE DEVANT LE JURY [1]


I

Le lecteur sait que nos jurés ont dans leur rôle de quinzaine une affaire de presse. Ce n’est plus un « beau crime », mais c’est encore une « très belle affaire ». Qu’on en juge. Le plaignant est un député connu, ou bien un haut fonctionnaire ; le journal poursuivi est dirigé par un pamphlétaire illustre, et les diffamations qui font l’objet du procès sont vraiment atroces. Dès l’article paru, le scandale fut grand, le débat peut le rendre énorme. Donc, cette affaire est vraiment belle. Elle défraie depuis huit jours les conversations de Paris. On en parlait hier dans un salon et de cet incident les propos sont vite parvenus à des thèses plus générales. L’éternelle question de la Presse a été mise sur le tapis.

Tout d’abord un sceptique a tenté d’enrayer la discussion. Sur la Presse, a-t-il dit, sur sa puissance et sur son impuissance, sur les biens ou les maux qui résultent de sa transformation de presse de doctrine en presse de finance, sur ses délits et la juridiction qui leur convient, les débats sont clos, tout est dit et redit. Depuis cent ans et plus que les hommes d’esprit s’escriment sur ce sujet rebattu, ils ont trouvé des mots et point de remèdes. Laissons couler le flot ! Il nous emporte Dieu sait où ! mais il est irrésistible. Parlons donc d’autre chose. Là-dessus, cela va sans dire, la discussion a commencé. Un libéral a soupiré, un

  1. Voyez la Revue des 1er novembre 1893, 1er janvier et 15 mars 1896.