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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/321

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il croit les trouver dans « le collège bien triste et bien froid qui lui faisait mal par mille douleurs et mille afflictions. » Même indignation chez un Lamartine, s’échappant de l’institution où on l’avait placé à Lyon, chez un Théophile Gautier, chez un Victor de Laprade. Pour Wordsworth, au contraire, ce temps de collège fut vraiment, — suivant sa belle expression, — « le temps des semailles. » Il faut l’entendre parler de son vieux maître William Taylor, que ses soixante-douze ans n’empêchent pas de goûter « la folle plaisanterie » ; de la bonne femme Anne Tyson, sa maternelle hôtesse ; du vieux mendiant qui revenait à jour fixe frapper à la porte de la maison ; du brave colporteur, son ami, qui lui « chantait de vieilles chansons, nées dans ses collines natales », et dont il buvait avidement « la pure conversation. » — Tous ces personnages ont passé dans ses poèmes ; tous ont apporté à l’œuvre leur quote-part de souvenirs, de récits, d’impressions. Par eux, cette œuvre plonge bien avant dans la terre natale. Par eux, le jeune Wordsworth est entré en contact avec cette âme populaire qu’il a tant aimée.

Puis, ce sont les livres, autres amis. La lecture, avait écrit ce Rousseau à qui Wordsworth doit tant, est « le fléau de l’enfance ». Pour lui, elle en fut la bénédiction. Nul conflit, dans cette âme d’adolescent, entre la nature et l’étude, entre « les cerises des bois », comme dira Victor Hugo grand-père, et les œuvres poudreuses des pédans. Il lit, et très librement, les exploits légendaires de Robin Hood, les aventures merveilleuses de Jack le Tueur de Géans, ou l’histoire du chapeau magique de Fortunatus. Il dévore les Mille et une Nuits. Il se grise de tout ce merveilleux. Bien mieux, il contracte dans ces lectures une haine durable contre les pédagogues de métier qui prétendent doser, en vertu de je ne sais quelle pharmacopée morale, la nourriture intellectuelle de l’enfant : « Qu’eût été l’homme, — écrivait-il plus tard à Coleridge, — qu’eût été le poète, qu’aurions-nous été tous les deux, si, à l’époque du choix sans danger, au lieu de vagabonder comme nous le fîmes à travers les vallées riches de leurs produits indigènes, à travers le pays libre de la fantaisie, au lieu de parcourir à notre gré les heureux pâturages, nous avions été suivis, épiés à toutes les heures, tenus en laisse dans nos promenades mélancoliques, attachés au piquet comme la vache d’un pauvre homme ?… »

Mais cet enfant qui lit est aussi un enfant qui joue. Tandis que d’autres rougissent de trop jouer, il rougit, lui, de ne pas jouer assez. En véritable Anglais, il sait qu’il a des devoirs envers la guenille du corps. Il escalade, avec une joie sauvage, les monts environnans pour piller des nids de corbeaux. Il aime à revenir