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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/272

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rang entre les deux hommes les plus en droit de se disputer l’influence, et c’est Trochu qui avait préparé la primauté de Gambetta.


IV

Cette primauté était l’expression vivante du double caractère imprimé dès l’origine au gouvernement. D’une part la haute main mise par le pouvoir civil sur la défense livrait l’organisation de nos forces les plus nombreuses à des hommes sans expérience militaire : de là un premier mal. D’autre part, cette œuvre allait être conduite par les mêmes autorités qui d’ordinaire dirigent la politique : de là un second danger. Les deux tâches, militaire et politique, étaient contradictoires. Travailler à la défense était faire appel à tous les Français, trouvera chacun un emploi utile de leurs forces, unir les hommes de tout rang et de toute opinion au nom de la patrie. Servir un parti divisant les Français, était remettre toute l’autorité aux défenseurs les plus sûrs, les plus énergiques et les plus habiles d’un régime, pour maintenir sa domination sur les indifférens et les hostiles. Si les maires, les préfets, le ministre de l’intérieur, le gouvernement prétendaient accomplir à la fois la double tâche, ils devaient échouer dans l’une et dans l’autre. Pour les sauver toutes deux, il fallait songer uniquement à celle qui était à la fois la plus urgente et la plus essentielle. Les représentans du pouvoir civil se présentaient comme des novateurs militaires, la France avait droit qu’ils ne poursuivissent pas en même temps un autre dessein. Alors subsisterait le vice inhérent au système, c’est-à-dire la formation d’armées par des hommes qui ne connaissaient rien des armées. Mais, du moins, ce que le système pouvait produire de bon serait obtenu, si ses partisans se consacraient tout entiers à son succès ; si nul n’était investi d’autorité que par sa compétence à assurer quelque détail de l’immense œuvre, pour son aptitude à fabriquer les armes, les équipemens, le matériel, pour son habileté à en ordonner les élémens ; si enfin le gouvernement par son exemple enfermait tous ses auxiliaires dans leur devoir, et n’agissait jamais comme le mandataire d’un parti, mais toujours comme le défenseur de la France.

A en juger par les paroles, il semblait que le gouvernement eût compris ce devoir. Le titre qu’il avait adopté était une promesse ; toutes ses proclamations confirmaient son engagement de se consacrer tout entier à la lutte contre l’étranger. Mais, dans ces formules unanimement souscrites, les divers membres du gouvernement ne mettaient pas les mêmes pensées. Seuls Trochu et