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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/268

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suprême espérance d’un suprême danger. Le danger était tel qu’il avait en 1814 fait reculer Napoléon : même contre l’invasion qui battait les murs, il avait refusé des fusils au peuple parisien. Il n’était pas sûr de donner ainsi des soldats à la patrie, il était sûr d’en donner à la révolution : il se jugea incapable de gouverner une ville qui garderait ses armes, et de les reprendre sans une guerre civile. Trochu, qui affrontait ce formidable hasard, et allait offrir à la fois aux partis de désordre les moyens de conquérir les esprits et de disputer le pouvoir par la force, ne connaissait ni ces partis, ni la population parisienne. Il ignorait l’art de diriger, de contenir l’opinion politique, de maintenir sur ces mouvemens agités l’équilibre instable de l’ordre. Il était donc menacé de succomber dans une guerre civile où s’anéantirait honteusement la résistance contre l’étranger. La présence des députés parisiens était nécessaire pour amoindrir les dangers du système. Familiers avec la population, habitués aux secousses des libertés publiques, ayant la main dans les sociétés démocratiques et une connaissance précise du personnel révolutionnaire, ils étaient plus aptes à manier les libertés explosives sans y périr. Le maintien du gouvernement à Paris fut donc résolu comme une nécessité évidente, et sans qu’il fût besoin de voter. La pensée que Paris serait peut-être complètement séparé de la France et que cet isolement pourrait durer ; que par suite il faudrait hors de Paris un centre d’où les services publics pussent s’étendre sur le pays était venue au dernier ministère de l’empire ; et il avait résolu d’établir dans une ville de province une délégation du gouvernement. Cette pensée ne vint pas aux hommes du 4 Septembre. Seul Ernest Picard dès le 5 émet l’avis de transporter hors Paris les services des finances. Le 7 seulement le conseil délibère sur la question et décide que chaque ministère enverra une partie de son personnel. Le 9 il reconnaît que, pour procéder à ces multiples services et maintenir entre eux l’harmonie quelques membres du gouvernement devront se rendre à Tours. S’il en est un à qui la liberté de ses communications avec les États européens soit indispensable, c’est le ministre des affaires étrangères. S’il en est un qui ait besoin de suivre de près et sans interruption l’administration des départemens, c’est le ministre de l’intérieur. Lui-même le 11 exprime pour la première fois la pensée qu’il faut hors Paris « un gouvernement énergique ».

Mais quand ce jour-là on procède à sa désignation c’est à qui se défendra d’être choisi. Jules Favre se refuse absolument à quitter Paris. En vain, plus clairvoyant quand il ne s’agit plus de lui-même, se joint-il à Rochefort et à Glais-Bizoin pour demander