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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/26

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sur les côtes de la Thessalie ou de la Macédoine. Des armes et des munitions sorties de nos arsenaux furent expédiées au Pirée, et des officiers français partirent avec mission d’organiser les troupes grecques destinées à entrer en campagne. Mais devant la répugnance très marquée de l’opinion publique qui ne s’associait, ni en France ni ailleurs, à ces préparatifs hostiles, aucune suite n’y put être donnée, et nos cliens durent se contenter d’une rectification de frontière insignifiante. Le fait tomba ainsi rapidement dans l’oubli ; ce qu’on put espérer de mieux, c’est que les intéressés ne garderaient pas trop de mémoire de la déception causée par une solution si peu conforme aux espérances qu’on leur avait laissé concevoir. Mais l’autre point dû à l’initiative de la France et qui faisait de sa part l’objet d’une exigence plus formelle, celle qui consistait à soustraire au concert européen toutes les questions (et il y en avait de très nombreuses déjà soulevées) qui touchaient à l’Egypte, eut une suite plus grave dont nous nous ressentons encore aujourd’hui, et, pour dire vrai, chaque jour davantage.

Quelques motifs légitimes que nous pussions avoir, en effet, de vouloir nous réserver en Egypte une autorité proportionnée aux grands intérêts de toute nature que nos compatriotes ont su s’y créer (surtout depuis un siècle), nous ne pouvions pourtant avoir la prétention d’y rester absolument seuls. Il était au moins une compagnie à laquelle nous ne pouvions nous soustraire, c’était celle de l’Angleterre. Pour être active et présente au Caire, l’Angleterre avait des raisons tout aussi puissantes que celles qui nous y appelaient et nous y retenaient nous-mêmes. Nationaux à établir et capitaux engagés à défendre, relations commerciales et maritimes à entretenir, c’étaient là autant de titres pour agir et se faire écouter que l’Angleterre pouvait faire valoir comme nous ; et même, si l’on n’eût calculé que l’importance numérique des faits matériels, sans tenir compte de l’influence intellectuelle et morale que la France exerce partout où elle passe, l’avantage n’eût pas été peut-être de notre côté. L’exclusion systématique de l’action européenne dans le règlement des questions égyptiennes avait donc pour premier et inévitable effet de nous y laisser en tête à tête avec l’Angleterre, avec qui il fallait bien partager la préférence que nous réclamions pour nous-mêmes. C’est bien ainsi que l’exigence fut comprise à Berlin, et comme l’Egypte est très loin de l’Allemagne et que l’incapable successeur de Mehemet-Ali avait eu l’art d’engager son gouvernement dans une complication d’embarras à peu près inextricables, le tout-puissant directeur du Congrès laissa, sans se faire prier, les deux grandes (dames, si jalouses de leur préséance,