Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/247

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le gouvernement de la défense nationale


III. LES PREMIÈRES FAUTES [1]


I

Le 4 septembre, la situation était d’une simplicité effrayante.

400 000 Allemands occupaient l’Alsace, la Lorraine, les Ardennes et la Champagne. Près de 700 000 remplissaient les dépôts et les places fortes de l’Allemagne, prêts à renforcer l’armée d’invasion. Ce million d’hommes, qui avaient pour la plupart fait campagne, était conduit par une noblesse guerrière, savante et unie, encadré par une élite démocratique de sous-officiers expérimentés, pourvu de tout ce qui peut accroître la force des troupes et diminuer leurs souffrances. Après un immense effort et d’extraordinaires succès, l’instrument forgé par la patience laborieuse de la Prusse paraissait encore intact.

La France n’avait plus d’armée. Des 450 000 soldats qui, au début de la lutte, formaient l’armée active, c’est-à-dire toute la force militaire, 50 000 étaient restés sur les premiers champs de bataille, 100 000 avaient été faits prisonniers autour de Sedan, 170 000 étaient bloqués sous Metz, 80 000 servaient de garnison aux places assiégées ou menacées, et à l’Algérie. Seul, le corps de Vinoy, qu’un ordre de Mac-Mahon avait retenu à Mézières, sur le bord de l’abîme, et quelques troupes, surtout de cavalerie et

  1. Voyez la Revue des 15 mai et 15 juin 1896.