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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/242

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on la respectait l’année dernière ; pourquoi, sur quelques points du territoire à la vérité peu nombreux, ne la respecte-t-on pas celle-ci ? Dans quelques villes, on a prétendu respecter la loi en la tournant. Ce ne sont pas des processions au sens propre du mot qui se déroulent dans la rue, car le clergé n’y apparaît pas ; mais le fait que la manifestation s’est organisée dans une église et qu’elle traverse la ville pour aboutir à une autre église, lui donne son véritable caractère. Les catholiques qui se livrent à ces démonstrations intempestives, se font de singulières et de dangereuses illusions sur l’efficacité de leur propagande par le fait. Ils ne sont qu’une infime minorité, mais dans tous les partis, c’est toujours une minorité prétentieuse, maladroite et tapageuse, qui compromet la majorité et quelquefois le parti tout entier. Ceux-ci ne réjouissent que les radicaux et les socialistes qui cherchent, sans l’avoir trouvée jusqu’ici, une bonne occasion d’attaquer le gouvernement actuel et qui s’emparent de celle-là. A la question que nous posions plus haut : pourquoi cette année et non pas les années précédentes ? pourquoi aujourd’hui et non pas hier ? les radicaux répondent que c’est parce que nous avons un ministère modéré, qu’ils accusent même, sans en rien croire, de pactiser avec le cléricalisme. Laissons de côté ce que leur polémique a quelquefois de violent et même de grossier, bien que l’excitation des esprits en soit entretenue et augmentée. Ce n’est pas à nos yeux le mal principal qui résulte de cette levée de boucliers. L’argument vraiment sérieux que les journaux avancés présentent avec une modération relative et dès lors plus redoutable, est qu’il suffit à un gouvernement de montrer un peu plus de modération et de tolérance que ses devanciers pour que les « cléricaux » en abusent tout de suite. — Voyez, disent-ils, à quoi vous vous exposez. Vous parlez d’apaisement, vous commencez à en faire ; aussitôt les exigences cléricales prennent une allure provocante. A chaque pas que vous ferez dans cette voie, les hommes que vous ménagez en feront quatre. Ils professent le mépris de la loi ; ils ne se contentent pas de le professer, il y conforment leur conduite. Les troubles qui, jusqu’à présent, ont eu lieu dans la rue n’ont pas eu sans doute beaucoup de gravité ; mais ils sont un indice significatif de ce qu’a d’irréductible la lutte que vous avez crue éteinte entre la société laïque et le monde ecclésiastique. Si vous la laissez renaître, vous aurez montré par-là votre incapacité à la soutenir ; nous seuls pourrons le faire, vous n’aurez plus qu’à disparaître. — Que répondre à cela ?

Il est certain que choisir le moment où nous sommes pour se livrer à des manifestations illégales n’est faire preuve ni d’intelligence politique ni de courage. Une telle attitude aurait été beaucoup plus fière sous un ministère radical : il est vrai qu’elle aurait fortifié ce ministère qui n’aurait pas manqué de prendre les mesures les plus énergiques,