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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/232

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



30 juin.


La Chambre des députés vient de prendre, au sujet de Madagascar, une résolution très importante : elle a décidé que la grande île africaine serait désormais une colonie française. Cette décision n’a pas encore été soumise au Sénat, mais elle le sera sous peu, et le Sénat la confirmera sans aucun doute. Dans l’état où sont les choses, il est impossible d’aboutir à une autre solution. Ce n’est pas à dire que celle-ci nous satisfasse ; nous en aurions préféré une autre. Nous avons toujours été partisans du protectorat et adversaires de l’annexion. Les hommes qui sont aujourd’hui au pouvoir, et notamment M. le ministre des Affaires étrangères, ont partagé cette manière de voir. Personne, soit dans les instructions initiales qu’il a données à ses agens, soit dans ses publications au cours de son interrègne ministériel, n’a défendu avec plus d’intelligence et d’énergie le système du protectorat que ne l’a fait M. Hanotaux. Il y voyait, comme nous, l’instrument par excellence de la colonisation économique. Le protectorat a fait ses preuves depuis quelques années, en Tunisie d’abord, et depuis, avec une direction moins ferme et par conséquent avec des résultats plus médiocres, au Tonkin et en Annam. Il a le grand mérite de faire entrer le temps comme facteur principal dans tout établissement politique hors de nos frontières. Il permet de ne pas brusquer les solutions, de les étudier, de les préparer, de les laisser mûrir avant de les réaliser, de ménager toutes les transitions, et, en attendant, de ne pas prendre plus de responsabilités qu’on ne peut en supporter. Mais nous avons déjà traité si souvent ces questions qu’il nous parait inutile de les exposer une fois de plus. Les opinions sont faites. Il y a deux écoles parmi les partisans de la politique coloniale : les uns sont pour le protectorat, les autres pour la conquête et pour l’assimilation. Jamais les premiers n’avaient eu de meilleurs argumens à faire valoir qu’à propos de Madagascar. Il s’agit là d’un territoire immense, aussi grand que la France, la Belgique et la Hollande réunies ; c’est à peine si nous en occupons quelques parcelles ; tout le reste échappe encore à notre influence directe, et, même sur les points où celle-ci semble s’exercer, chaque courrier qui