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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/208

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L’heure, abeille qui sort, rentre guêpe à la ruche ;
Le Satyre s’endort et le Triton s’accoude
Sur le sable où sa main soutient sa tête lourde ;
Une même marée et un même reflux
Emporte ceux qui sont vers ceux qui ne sont plus,
Et le même destin qu’ils subissent, délie
Le dieu qui l’a créé de l’homme qui l’oublie ;
Le rire en pleurs sanglote et la voix se lamente ;
Mais la Sirène morte est la vague vivante
Qui se gonfle en poitrine et s’échevèle en crins,
Et d’autres reverront les prestiges marins,
Car maintenant j’écoute encor sur le rivage
Leur voix âpre et stridente en les houles du large
Venir avec le vent et les parfums du soir ;
Et pour ne plus l’entendre, en mon vieux désespoir
Qui m’a fixé perclus sur la grève déserte,
Dans ma conque au col teint de nacre rose et verte,
Je souffle éperdument pour étourdir en moi
L’intérieur écho de l’éternelle voix.

VERS DORÉS

Ecoute, sur le seuil qu’un jour fera décombre,
Ceux qui viennent de l’aube et qui parlent dans l’ombre,
Car ils savent la route et la vie est en eux.
Le thyrse sans le pampre est un bâton noueux ;
Le masque aphone rit de sa bouche tordue
Le rire sans écho d’une voix qui s’est tue
Et survit tristement au visage esquivé ;
La pluie a, peu à peu, de ses larmes lavé
La joue et le menton que le cinabre farde ;
Les yeux sont trop ouverts par où nul ne regarde ;
Le Faune disparu laisse un bouc maladroit
Qui l’imite à son tour en se levant tout droit ;
Les Nymphes à jamais pleurent dans les fontaines ;
Le marbre se fait socle et le porphyre gaine
Pour le buste d’airain qui jadis fut de chair ;
Une crinière à chaque vague de la mer
Se gonfle, se hérisse et s’achève en écume ;
Toute torche se meurt en un tison qui fume ;
La Lyre qui se rompt aux portes du tombeau
Redevient les deux cornes torses d’un taureau ;