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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/204

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Poésie – Petits Poèmes


PROLOGUE


Printemps clair, j’ai chanté tes flûtes ! Grasse Automne,
J’ai pétri de mon poing la grappe dans la tonne !
Qu’Avril rie à jamais de son rire divin,
Que Septembre, rougi de pampres et de vin,
Las du thyrse qui tremble et de l’outre qui pèse,
Silencieux s’endorme ou anxieux se taise
Derrière les cyprès ou derrière l’écho,
Que l’aurore ait passé de qui le soir fut beau
Et qu’une autre vendange enfle l’amphore neuve,
Et que les cygnes noirs s’abattent sur le fleuve
D’où s’envolaient jadis, là-bas, les cygnes blancs,
Que la forêt plus vaste ouvre à mes pas plus lents
Des sentiers plus étroits et des grottes plus sombres,
En marcherai-je moins parmi les douces Ombres
Que la Jeunesse en pleurs envoie à mon côté ?
A la flûte divine où jadis j’ai chanté
Je poserai ma lèvre et j’essaierai encore
Le trille ingénieux et la gamme sonore,
Et je veux, sur ma table où les fruits sont amers,
Pour rendre l’aube morne égale aux matins clairs,
Joindre, ouvrage plus gourd de ma main moins agile,
A la lampe d’argent une lampe d’argile.