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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/191

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sans doute, la foule, hostile ou amie, qui l’entoure, mêle des cris de haine à des cris de désespoir, des quolibets et des injures à des acclamations de pitié. Le Fils de l’homme, doucement, se retourne vers cette foule invisible, adorateurs ou blasphémateurs et, d’un geste calme, qui contraste avec la douleur physique empreinte sur son visage et sur tout son corps, il les bénit, il les bénit tous. Nulle exagération, nulle emphase dans ce geste, non plus que dans le jeu de la physionomie, le mouvement des draperies, l’accentuation des nus. Au premier coup d’œil, de loin, on peut trouver le groupe banal ; mais plus on le regarde, plus on s’en laisse pénétrer, plus on y trouve ce caractère grave et réfléchi dans l’exécution comme dans la conception qui constitue, en définitive, les œuvres durables et qui les distingue de celles qui attirent d’abord les yeux du passant par quelque étrangeté de mise en scène ou de pratique, mais dont l’imitation ou la répétition faciles deviennent vite une cause d’ennui ou de dégoût.

Parmi les étrangetés de pratique, déraisonnables et provocantes, que quelques sculpteurs de talent, mais avides de succès immédiats, ont mises à la mode, en ces dernières années, l’une des plus grossières, sans doute, est celle qui consiste à faire jaillir, d’un bloc à peine dégrossi ou même chargé à plaisir de rugosités, une tête ou un torse de marbre modelés avec une délicatesse particulière. Le contraste entre la mollesse attendrie des chairs fines et brillantes et la rudesse sauvage de la matière brute et inerte forme une de ces antithèses brutales qui sautent d’elles-mêmes aux yeux des plus ignorans et qui leur font volontiers pousser des oh ! et des ah ! d’admirateurs et de connaisseurs. Il a suffi que le truc réussît une fois pour qu’on crût qu’il dût toujours réussir. Nous éprouvons une véritable peine, nous le déclarons, à voir un artiste, savant et ingénieux, comme M. Puech, donner, si peu que ce soit, en de telles badauderies. C’est pourtant ce qu’il a fait dans son bas-relief pour le Tombeau de Charles Chaplin, conçu d’après la recette Chapu n° 3, la recette Flaubert. Une jeune nymphe, aux longs cheveux pendans, nue, vue de dos, palette et pinceaux dans la main, regarde, en une attitude attristée, la tête du peintre qui lui apparaît, à gauche, dans la hauteur. Cette figure, simple et délicate, est traitée, en un relief très doux, d’une saillie légère et presque fuyante dans les contours, avec cette élégance et cette sûreté dont l’auteur a déjà donné tant de preuves. Peut-être, au point de vue de l’expression spéciale, la trouvera-t-on pourtant mal déterminée, trop peu parisienne, pour un souvenir si parisien. Tenons-nous-en à l’exécution. Par quelle erreur de goût M. Puech a-t-il cru que cette figure, si finement modelée, s’enlevant sur les aspérités grisâtres d’un fond picoté et