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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/180

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La sculpture aux salons de 1896


I

Les Béotiens, qui n’étaient pas des sots, à moins qu’Hésiode et Pindare ne méritent ce titre, étaient, au dire des Anciens, les plus beaux des hommes. Ils se glorifiaient de cette beauté et tenaient à ce que leurs peintres et sculpteurs en conservassent le respect. Tandis que Phryné, de Thespies, éblouissant les Athéniens, montrait à son ami Praxitèle comment était faite l’immortelle Aphrodite, et qu’autour du tombeau de Corinne, la nécropole de Tanagra se peuplait des élégantes images de ses compatriotes, le gouvernement thébain prenait, vis-à-vis des récalcitrans, réalistes ou décadens, des mesures répressives. Une loi frappait d’une amende les artistes qui enlaidissaient, en la reproduisant, la figure humaine. Il est heureux, pour nos sculpteurs, que nos gouvernemens, trop occupés sans doute par des questions d’un autre ordre, n’aient point songé encore à faire annexer une disposition de ce genre aux lois protectrices et excitatrices de la repopulation. L’Exposition de 1900, qui ouvrira, dit-on, pour l’architecture, une ère nouvelle de constructions inattendues, éblouissantes et colossales, aurait été l’occasion naturelle de construire une résidence spéciale pour les condamnés de cette catégorie, et l’on y eût réservé une cellule d’honneur, avec tout le confortable nécessaire, au grand artiste qui aurait eu la gloire, si appréciée en notre pays, de violer le premier une loi nouvelle.

M. Falguière, en dressant, sur le seuil de l’exposition, comme un symbole et comme un programme, sa statue, souple, riante et vive, mais déhanchée et déformée, de jeune Danseuse, n’a