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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/156

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LE GRAND GERMAIN

... Loin déjà dans le passé, et parmi les humbles; mais ceux-là sont d’autant plus dignes d’intérêt qu’ils pensent et agissent suivant la sincérité de leur nature, la simplicité de leur âme parfois très haute. Et les histoires d’amour sont de tous les temps.

... Ce soir-là, en arrivant de la foire d’Espère, Désiré Marschal paraissait radieux. Il sauta du tilbury, se mit à dételer le bidet, en sifflant un air de bravoure.

Cinquante ans bien sonnés, une carrure de lutteur forain, le dos en carapace, les membres lourds. Il avait les cheveux grisonnans, la face entièrement rasée, frottée de vermillon et de hâle. Les traits étaient quelconques, immergés de bouffissure ; une boule où s’ouvraient de gros yeux et une grande bouche, et que flanquaient des oreilles flambantes, étalées au vent comme des ailes.

— Hue, P’tiou !

Le cheval vida les brancards, tandis que la voiture se cabrait, retombait en arrière avec un gémissement des ressorts. Marschal chantonnait maintenant. Il entra dans l’écurie, lança une fourchée de foin par-dessus le râtelier, puis, reparut, le chapeau sur la nuque, les mains ballantes.

— Hé, Claudine ! cria-t-il.

À la fenêtre de la cuisine une tête de femme se pencha souriante, toute rose dans l’ébouriffement de ses cheveux blonds.

— La soupe est-elle prête ?

— Maisnon, père, il n’est que six heures ; on ne vous attendait pas de sitôt.