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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/153

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direction primitive. Le soulèvement mahdiste fut un élan vers l’idéal. Le Mahdi avait été défini par le Prophète, un homme qui remplirait la terre de justice, autant qu’elle l’est d’iniquité ; et les populations le suivaient. Pour les milliers et les milliers d’humbles qui se firent tuer pour lui, il représentait l’avènement de la justice. Tous ces sacrifices ont été inutiles. Toutes ces hautes espérances ont simplement abouti à la conquête d’une partie du Soudan oriental par l’autre. Les populations agricoles et commerçantes de la vallée du Nil, paisibles de mœurs, sont subjuguées par des nomades qui ont conservé l’habitude de la guerre.


IV

La constante nécessité de veiller au maintien de son autorité n’a pas donné au calife Abdullah le loisir de se lancer dans une politique de conquête. Les expéditions envoyées par lui en Abyssinie et sur le Nil blanc avaient beaucoup moins pour objet l’annexion de nouvelles provinces que le pillage. Après avoir pris Gondar, la ville principale de l’Amhara, avoir saisi le maigre butin qui s’y trouvait, et l’avoir incendiée, les mahdistes se retirèrent. Du poste de Redjaf, qu’ils ont occupé sur le haut Nil blanc, ils n’ont pas tenté de conquérir progressivement le pays à l’ouest et à l’est. Mais ils tombaient à l’improviste sur un village, le saccageaient, puis, pareils à des oiseaux de proie, rapportaient le butin dans leur aire. La destinée économique de ces pays du haut Nil n’a pas changé. Ils sont maintenant comme naguère les pourvoyeurs d’ivoire et d’esclaves.

Le calife a encore moins de velléité de s’étendre vers le nord, où ses bandes mal armées se heurteraient à des troupes régulièrement organisées. L’Egypte n’a rien à craindre de sa part. C’est en vain que l’on grossira l’importance des actes de brigandage, tels que ceux qui ont pu se commettre cet hiver aux environs de Ouady Halfa. Quiconque aura lu attentivement l’ouvrage de Slatin, sera fermement convaincu que le calife Abdullah ne menace pas l’Egypte.

En revanche, ce même ouvrage prépare singulièrement bien les esprits à la nouvelle expédition anglaise vers le Soudan. Il a paru à une époque fort opportune. On n’a pas manqué en Angleterre de le faire servir aux besoins de la politique du jour, et le chef du gouvernement tout le premier, comme on l’a pu voir dans le grand discours prononcé par lui le 29 avril dernier à la réunion de la Primrose League. Les descriptions de la cruauté d’Abdullah, de la barbarie des bandes sur lesquelles il s’appuie,