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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/152

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En même temps qu’il rendait ainsi ses ennemis impuissans, Abdullah s’entourait de dévouemens.

Le soir même de son avènement, malgré sa lassitude, il réunissait en particulier ceux des émirs qui étaient nés au Darfour. Il leur expliquait que le Soudan était à eux s’ils voulaient, quoi qu’il advint, rester unis. C’était toute sa ligne de conduite qu’il traçait en quelques paroles. Il n’a cessé de provoquer l’immigration des gens de l’ouest. Il a envoyé au Darfour émissaire sur émissaire pour décider les tribus nomades à venir habiter la vallée du Nil. On leur dépeignait cette vie nouvelle sous des couleurs enchanteresses. Le calife Abdullah, leur compatriote, disposait des richesses du pays. Ils posséderaient troupeaux innombrables, gras pâturages, esclaves à foison. En accomplissant un pèlerinage au tombeau du Mahdi, ajoutait-on, ils se sanctifieraient par la même occasion. Ces efforts répétés aboutirent. La tribu des Taacha tout entière s’ébranla. Guerriers, femmes, enfans, esclaves avec les bœufs, les ânes et les chameaux se mirent en marche vers l’est. Le calife avait jalonné leur route d’approvisionnemens de grains. Cette précaution ne prévint pas leurs instincts de rapine. Dès le Kordofan, ils se conduisirent en maîtres, pillèrent les habitans, leur enlevèrent tout jusqu’à leurs pauvres haillons. Sur le Nil, des bateaux les attendaient et les emportèrent à Omdurman. Ils furent, à leur arrivée, habillés de neuf aux frais de la caisse de l’État. On les installa dans des maisons du quartier sud dont, au préalable, les habitans avaient été expulsés. Des combinaisons louches leur permirent d’acheter du grain à des prix dérisoires.

Cette première tribu a été suivie de beaucoup d’autres. Une véritable migration des populations du Darfour vers l’est a eu lieu. Elle continue encore maintenant.

Les nouveaux arrivans sont pourvus des bonnes terres du Sennar. Non contens de s’installer à la place des anciens habitans, ils s’emparent de leurs esclaves, de leurs bestiaux, les obligent à servir eux-mêmes comme corvéables sur leurs propres domaines.

En même temps qu’il peuplait les environs d’Omdurman de tribus dévouées, Abdullah éloignait les fonctionnaires suspects et distribuait à ses parens toutes les charges importantes. Les places de Dongola, Berber, Gallabat, Gedaref sont gouvernées par ses cousins et ses alliés. Ceux-ci ont à leur tour investi leurs parens d’emplois subalternes. Seul Osman Digma, quoique non Taacha d’origine, a conservé une grande situation, grâce aux nombreux cliens qu’il possède dans l’arrière-pays de Souakim.

On voit donc combien le mouvement de 1881 a dévié de sa