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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/143

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donner une manière d’organisation à la troupe confuse de ses disciples, Abdullah fut-il naturellement parmi les dignitaires de la nouvelle secte. C’était en août 1881. Le gouverneur général du Soudan Egyptien, inquiet de la popularité croissante du soi-disant Mahdi, voulut arrêter la rébellion avant son développement, et, pour ainsi dire, en détruire les germes. Deux compagnies de soldats furent envoyées pour l’arrêter. Mais les officiers prirent des dispositions si malheureuses qu’à peine débarqués dans l’île, ils furent attaqués et massacrés avec leur troupe par les disciples fanatiques du Mahdi, qui se mettait ainsi ouvertement en révolte contre le gouvernement. Se jugeant désormais trop près de Khartoum, car Abba n’est guère à plus de 220 kilomètres en amont sur le Nil, il se dirigea avec tous les siens au sud-ouest vers le Kordofan méridional. Mais auparavant, à l’exemple du Prophète, dont il s’efforçait d’imiter la vie en tous ses détails, il nomma califes Abdullah, Ali Woled Helou et Mohammed-Chérif. Abdullah fut le premier en titre et conserva toujours une place d’élection dans la faveur du Mahdi. Il en reçut des témoignages publics et répétés d’estime, et fut nettement présenté par lui comme son successeur éventuel.

On en jugera par les quelques faits suivans. Une querelle s’était élevée entre Abdullah et un certain Manna, chef de l’importante tribu arabe des Djauama. Ils en vinrent aux violences de langage et aux injures. Le Mahdi ne balança pas, soutint son calife, et comme Manna irrité de cette partialité tentait de créer avec les siens un parti séparatiste, il donna l’ordre en sa justice expéditive de lui faire trancher la tête. — Tous les vendredis, le Mahdi passait une revue. Chacun des autres califes se tenait au centre de son corps d’armée. Mais Abdullah déléguait son frère Yacoub au commandement du sien, et, au lieu d’être inspecté par le Mahdi, passait à son côté devant le front des troupes. — Les décisions graves étaient toujours prises d’un commun accord. Le 17 janvier 1883, le gouverneur égyptien d’El Obeïd, la ville principale du Kordofan, offre de se rendre : la garnison, réduite à vivre de cuir de sandales bouilli, est à bout de forces. La conquête de cette place est pour les mahdistes un grand succès, puisqu’elle donne à ces vagabonds, pauvres et mal armés, des fusils, de l’argent, et un substratum territorial. Le Mahdi ne fixe pas seul les conditions de la capitulation, mais en délibère longuement avec Abdullah.

Cette haute position avait valu à Abdullah beaucoup d’envieux. Les parens du Mahdi, les Dongolais ses compatriotes considéraient cet homme de l’Ouest comme un intrus. Derrière leurs sourires et