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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/138

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Le calife Abdullah


Chaque jour, aux heures de prière, le Mahdi Mohammed Ahmed, le destructeur fameux de la puissance égyptienne au Soudan, paraissait au milieu de ses fidèles assemblés. A aucune époque de sa vie, il ne faillit à cette règle. Il la pratiquait déjà, alors qu’il vivait dans l’île d’Abba, sur le Nil blanc, entouré seulement d’un petit nombre de disciples. Il continua à s’y conformer après le triomphe, lorsqu’il fut devenu le maître de toute la vallée du Nil moyen. Aussi, au mois de juin 1885, l’étonnement fut-il général dans Omdurman [1], la capitale du nouvel État théocratique, quand on constata que, depuis plusieurs jours, le maître s’abstenait de venir à la mosquée. Le bruit se répandit qu’il était dangereusement malade. On multiplia les prières, pour obtenir du ciel sa guérison. Mais cet élan de ferveur resta inefficace, et ce Mahdi attendu depuis des siècles, ce prétendu envoyé de Dieu, par lequel s’accomplirait sur terre le règne de la justice, qui devait, après le Soudan, conquérir l’Egypte, la Mecque et Médine, et dire en Syrie la prière suprême, mourut tout simplement du typhus comme le plus misérable des esclaves exposés au marché.

Cependant, quelques heures avant sa mort, ses forces lui permirent encore de manifester une fois de plus la volonté déjà souvent exprimée, d’avoir pour successeur le calife Abdullah, qui occupait, après lui, la place éminente sous le nouveau régime. Le Mahdi gisait sur un de ces lits peu élevés qu’au Soudan on

  1. Omdurman est située face au confluent du Nil blanc et du Nil bleu, sur la rire gauche ; Khartoum, l’ancienne capitale du Soudan égyptien, était bâtie au point de jonction des deux fleuves.