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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/104

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mouvemens vibratoires de l’atmosphère. Elle nous donne, sous forme de sensations très précises, la notation très déterminée de ces mouvemens. Mais, chose curieuse, notre intelligence en tire un parti tout différent. Le son nous renseigne fort mal sur la situation et la forme des corps extérieurs, que la lumière révèle à nos yeux avec tant de sûreté. En revanche l’oreille peut mesurer avec une précision à peine concevable les plus petites différences dans la durée. Elle distinguera, dans certaines circonstances, un son faisant 1001 vibrations par seconde d’un son qui n’en fera que 1 000 ; couramment, elle appréciera la différence des quelques vibrations qui, dans les octaves moyennes, séparent les intervalles tempérés des intervalles justes. Si la vue est, par excellence, le sens de l’espace, l’ouïe est le sens du temps qu’elle, mesure dans ses moindres subdivisions ; un sens plus intellectuel en quelque sorte que les autres. Du monde extérieur, elle ne nous apporte d’une façon précise que la parole de nos semblables, — autant dire leur pensée, — et la mesure de la durée.

Au point de vue esthétique, l’art fondé sur les sensations auditives est aussi très différent de l’art fondé sur les sensations visuelles, et dans le but qu’il poursuit et dans les moyens qu’il emploie.

En entendant un son musical, nous savons reconnaître s’il émane d’un violon ou d’une flûte, mais cette constatation n’est pour rien dans les jouissances artistiques que nous éprouvons. Les sons nous font l’effet de se mouvoir dans une sorte d’espace idéal, métaphysique presque, avec des vitesses que nous pouvons analyser avec la plus grande précision dans leurs moindres détails. A l’inverse des yeux qui ne regardent qu’un point à la fois, nous pouvons suivre les mouvemens simultanés de plusieurs parties concertantes. Et ces mouvemens paisibles ou majestueux, tumultueux ou calmes, suggèrent à notre âme des émotions d’une allure correspondante. L’âme du compositeur fait vibrer l’âme des auditeurs comme une corde de harpe répond au son d’une note de violon ou de cor qui chante à l’unisson.

Les deux grandes découvertes de Helmholtz sur ce terrain particulier sont d’une part l’explication du timbre musical, et, d’autre part, la solution du problème posé par Pythagore il y a trois mille ans, sur les rapports simples des nombres de vibrations des intervalles consonans.

Le son présente trois propriétés bien distinctes : la hauteur qui dépend du nombre des vibrations, l’intensité qui se rattache à l’amplitude de ces vibrations, et enfin le timbre, la cause inconnue