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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/962

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les termes du rapport annuel que lord Cromer adresse à son gouvernement, et qui a été publié quelques jours avant que l’expédition fût décidée. On a dit que lord Cromer était contraire à cette entreprise : incontestablement il ne s’y attendait pas, car, dans le cas contraire, il n’aurait pas parlé de la situation du Soudan avec la parfaite tranquillité d’esprit qu’il a mise à le faire. « Il n’y a rien, disait-il, de particulièrement intéressant à signaler en ce qui concerne l’administration militaire pendant l’année écoulée. A l’exception d’une petite incursion hostile dans un village du district de Wady-Halfa et d’une autre insignifiante dans le delta de Tokar, les forces derviches dans le voisinage immédiat des postes avancés égyptiens, quoique d’une puissance considérable, ont maintenu une attitude strictement défensive. » Lord Cromer prévoit que des incursions semblables à celles qui ont eu lieu l’année dernière se renouvelleront de temps en temps, mais il ne s’en préoccupe en aucune manière. Voici d’ailleurs sa conclusion : « Tout ce que j’ai besoin de dire pour conclure, c’est que la tranquillité politique qui a régné en Egypte durant l’année écoulée, et qui présente un contraste assez remarquable avec le malaise général des années immédiatement précédentes, a permis aux autorités gouvernementales, soit égyptiennes, soit européennes, de consacrer uniquement leur attention aux diverses mesures qui ont pour but le développement matériel et moral du pays. Il en résulte que, bien qu’aucune mesure remarquable de réforme n’ait été introduite récemment, je suis à même de soumettre à Votre Seigneurie un rapport qui, je l’espère, sera considéré comme un compte rendu satisfaisant de progrès soutenus et effectués sans ostentation. » On croirait lire le rapport d’un de nos préfets à son Conseil général. L’ordre en Egypte est complet ; la tranquillité est absolue ; la frontière est en paix. Après avoir entendu cet air de résonance tout administrative, il y avait lieu d’être doublement surpris du coup de clairon strident par lequel on a annoncé, non plus du Caire, mais de Londres, la marche imminente sur Dongola.

Et pourquoi cette marche ? Le gouvernement anglais en a donné une autre raison encore que l’état de l’Egypte et du Soudan, à savoir la triste situation des Italiens à Kassala. Les Anglais sont de bons amis : ils ont voulu, à leurs risques et périls, débarrasser les Italiens des forces mahdistes et attirer celles-ci sur eux. On a fait remarquer tout de suite, que Kassala était bien loin de Wady-Halfa et que la diversion tentée par ; le major Kitchener, à supposer qu’elle fût poussée à fond, ne pourrait l’être que lorsque des événemens décisifs se seraient passés au sud-est. On a exprimé la crainte que la manière si décidée dont l’Angleterre promettait et imposait son concours n’eût d’autre résultat que de rendre des forces à M. Crispi et à ses partisans, et d’augmenter par-là les embarras du nouveau cabinet. Le voyage en Italie de l’empereur