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je veux dire communiquée directement par l’être vivant à l’être vivant, par une âme qui chante à une âme qui écoute. Oui, c’est bien d’humanité que manque un art pareil, en ce sens que la parole chantée, l’élément humain y semble étouffé par les instrumens, c’est-à-dire par la matière ou le monde extérieur. Quelle ne parut point à cet égard, et chaque dimanche, la supériorité des maîtres anciens ! Et non seulement des maîtres du premier rang, d’un Gluck par exemple, mais d’un Sacchini, d’un Spontini, d’un Ambroise Thomas. Dans les récitatifs et la déclamation, je ne dirai pas même d’Alceste, mais de la Vestale, mais du noble prologue de Françoise de Rimini, c’est là qu’on a cru trouver ou retrouver la voie, la vérité et la vie. Peut-être est-ce là, de ce côté du moins et dans cette direction, qu’il va falloir chercher la prochaine solution — provisoire d’ailleurs, comme toutes les autres — de l’éternel problème qu’est le drame musical. La solution wagnérienne, la solution par la polyphonie instrumentale et le nombre, a peut-être fait son temps. Les imitateurs du maître l’ont poussée à l’extrême rigueur ; ils l’ont en quelque sorte épuisée ; on n’en saurait plus rien attendre. Le grand homme de demain sera probablement un grand homme simple. Il rassemblera dans la synthèse et l’unité les éléments divisés, émiettés par notre infinitésimale analyse. Il brisera le prisme qui depuis trop longtemps a décomposé la lumière et il reconstituera le rayon.

Ce grand homme-là ne sera certainement pas M. Vincent d’Indy. Notre dessein était de le montrer en finissant, à propos des fragmens, entendus à l’Opéra, de Fervaal. Mais puisqu’on nous annonce pour la saison prochaine la représentation de l’œuvre entière à Bruxelles, il est préférable d’attendre et de ne pas crier sitôt avant le coup.


CAMILLE BELLAIGUE.