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Revue musicale – Les Concerts de l’Opéra


Un jour, à propos de jeunes poètes, M. Jules Lemaître s’écriait : « Eh bien ! non ! je ne parlerai pas d’eux parce que je n’y comprends rien et que cela m’ennuie. » Puis il parla d’eux, longuement. De jeunes musiciens nous jettent aujourd’hui dans le même désespoir, ou le même dépit. Mais nous non plus nous n’y céderons pas. Ils nous ont souvent ennuyé ; nous ne les avons pas compris toujours. Nous parlerons d’eux cependant.

Pour eux, durant tout l’hiver qui s’achève, l’Opéra s’est mis en frais et en fête. On a recruté, stylé pour eux un orchestre plein de zèle, qu’ils ont eux-mêmes conduit. On a clos la vaste scène et prolongé par un décor somptueux la somptueuse architecture de la salle. Pour eux ce furent de belles journées ; un peu rudes pour nous, et quelquefois de quatre heures. Afin d’en atténuer la rigueur, on eut recours à la chorégraphie. Agréables à voir une fois, les « danses anciennes », à revoir cinq ou six fois, devinrent à peu près odieuses. Je me souviens surtout que la sereine pantomime des Champs-Elysées, de l’Orphée de Gluck, parut, en menuet Louis XVI, travestie et profanée. Je m’accuse également d’avoir pris un plaisir décroissant à certain passe-pied de Rameau, que dansèrent deux fois par dimanche les quatre pieds, gracieux pourtant en leurs passes légères, de nos deux plus charmantes ballerines.

Jeunes, les musiciens joués à l’Opéra ne le sont pas tous par les années. Du moins le sont-ils presque tous. Quelques-uns pourraient passer encore pour des écoliers. Et de cœur surtout, d’ambition, de désirs, ils sont jeunes, ou modernes, ou nouveaux. Ils rêvent de faire autre chose que les anciens, et que leurs anciens ; le contraire peut-être. Cela s’est bien vu par l’opposition de leurs tendances, de leur