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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/925

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première de ces deux compagnies posséderait, dit-on, le monopole des atterrissages en Egypte, en sorte qu’il serait impossible de lui susciter une concurrence dans la Mer-Rouge.

En passant cette revue des grandes entreprises télégraphiques sous-marines, nous n’avons pas fait le tour du globe tout entier puisqu’il y a la lacune de l’océan Pacifique. On parle déjà cependant de deux lignes qui traverseraient bientôt cet immense océan ; l’une, à construire par les Américains, irait de San Francisco au Japon avec une coupure intermédiaire aux îles Hawaï ; l’autre, tout anglaise, joindrait l’Australie à l’île de Vancouver.

Presque toutes ces compagnies télégraphiques ont été constituées par des capitaux anglais et sont dirigées par des administrateurs anglais ; presque toutes aussi ont, dit-on, entre elles des conventions plus ou moins secrètes pour se remettre de l’une à l’autre les correspondances à grande distance. Ainsi de nouvelles entreprises n’auraient chance de réussir qu’à condition de se créer avec un réseau de très grande étendue. Il paraît dangereux, en outre, que les puissances continentales soient obligées d’avoir recours à des Anglais pour correspondre avec leurs représentans dans les mers lointaines. Et, ajoute-t-on, qu’adviendrait-il dans le cas où l’une de ces puissances serait en guerre avec la Grande-Bretagne ? Une convention internationale a été conclue en 1884 pour la protection des câbles en dehors des eaux territoriales, c’est-à-dire là où la mer n’appartient à personne. Cette convention impose certaines pénalités aux navires du commerce qui viennent à endommager un fil sous-marin avec leurs ancres ou leurs filets ; mais elle stipule, en l’un de ses articles, que rien ne porte atteinte à la liberté d’action des belligérans. Au lendemain d’une déclaration de guerre, un croiseur peut aller repêcher tel ou tel câble, — ce qui est devenu de pratique constante en cas de réparation, — et interrompre la correspondance. Ainsi, au premier jour, l’Angleterre ne communiquerait plus avec l’Inde ni avec l’Afrique australe ou la Chine.

Il est douteux qu’une compagnie, guidée avant tout par l’appât des bénéfices, sacrifie par patriotisme le produit que lui assure la correspondance étrangère. Au surplus, ces compagnies de câbles qui ont des attaches sur tous les points du globe, en quoi appartiennent-elles à un pays plutôt qu’à un autre pays ? En quoi même la loi du pays où elles atterrissent les régit-elle ? Sont-elles en même temps égyptiennes à Alexandrie, françaises à Marseille, espagnoles à Cadix où elles ont des bureaux, et anglaises à Londres, où siègent leurs directeurs ? De fait, elles sont à peu près souveraines. Elles ont acquiescé aux résolutions des congrès