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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/907

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dépense en personnel, locaux, moyens de transport, que devait exiger cette attribution, il ne pouvait perdre de vue que les compagnies de chemins de fer, tenues par leur cahier des charges de transporter à titre gratuit les dépêches de la poste, auraient eu lieu de réclamer si les dépêches étaient bondées par des colis dont le port avait été jusqu’alors une de leurs sources légitimes de profit. M. Cochery fit donc insérer dans un protocole de la conférence que tout Etat avait le droit d’en faire exécuter les clauses par les entreprises de chemins de fer et de navigation lorsqu’il ne voudrait pas les exécuter lui-même. Simultanément, il concluait avec les représentans des grandes compagnies une convention en vertu de laquelle celles-ci se substituaient à l’Etat pour le transport des colis postaux, dans la limite de leurs moyens d’action. Le tout fut approuvé par la loi du 3 mars 1881, qui réduisait à 10 centimes le droit de timbre des bulletins d’expédition et à 5 centimes l’affranchissement de la lettre d’avis pour le destinataire.

On sait quel a été le succès de ces petits paquets expédiés à prix fixe d’un bout à l’autre du territoire, partout où pénètrent les chemins de fer. C’est par millions qu’on les compte du 1er janvier au 31 décembre. Il est vrai que le colis postal n’a de postal que le nom, puisque l’Administration des postes n’a pas à s’en occuper, et toutes les communes de France n’en ont pas le bénéfice. En notifiant à ses subordonnés les actes constitutifs du nouveau service, M. Cochery les avisait qu’ils pourraient avoir plus tard à y coopérer. Quinze années se sont écoulées, et les colis postaux ne sont encore reçus et distribués que par les gares de chemin de fer et par les courriers qui correspondent aux trains. Cependant, à considérer que les voies ferrées atteignent aujourd’hui toutes les villes populeuses où les petits paquets abondent, il ne semble pas qu’il y aurait d’embarras à les faire recevoir et distribuer par les facteurs ruraux, puisqu’il est admis que ces modestes et utiles fonctionnaires sont les commissionnaires des communes qu’ils visitent chaque jour.

On reproche aux administrations françaises de retenir des attributions qu’elles feraient mieux d’abandonner à l’industrie privée. Ce qui a été fait pour les colis postaux démontre qu’elles savent aussi s’abstenir quelquefois. On prétend aussi que l’Angleterre sait mieux faire la part de l’initiative individuelle. Il est assez curieux d’observer que le Post-Office anglais s’est réservé le service des colis postaux que l’on a remis chez nous aux compagnies. Il paie aux chemins de fer 45 pour 100 de la recette pour les colis qu’ils transportent ; avec le restant, il fait face à toute